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 Les masques tombent (part II) [Crâne Rouge]

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Victor Von Doom

    L'Alliance
      catégorie 4


Messages: 118
Date d'inscription: 03/02/2011
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MessageSujet: Les masques tombent (part II) [Crâne Rouge]   Mar 20 Sep - 23:18

[HRP] J'ai pris la liberté de "décider" quel était le décor intérieur général du Jet. Si quelque-chose ne te plaît pas, MP-moi Wink[/HRP]

"Votre eau minéral, M. Doom " Annonça la fraîche et serviable hôtesse en souriant de toutes ses dents. Tandis qu'elle gardait cette expres​sion(aussi professionnelle que factice) le temps que son client réagisse, de légères fossettes, somme toute charmantes, vinrent souligner la découpe appétissante de ses lèvres pulpeuses. L'éclat miroitant de ses yeux azurés rivalisait en beauté avec la clarté d'un ciel printanier, et la longueur de ses jambes aurait donnée le vertige à n'importe quel passant.

Son interlocuteur, indisposé par l'ambiance très teutonique régnant dans l'habitacle, s'empara fermement du verre sans se départir de son regard sombre, et n'ouvrit la bouche que pour rabrouer la jeune femme.


" Pour vous, c'est Seigneur Doom. " Rappela-t-il d'une voix suffisante, insistant particulièrement sur le titre qu'il s'était lui-même attribué.

Réussissant à conserver un visage aimable, l'hôtesse s'excusa platement, puis plaisanta sur sa mémoire défaillante et rit à sa propre moquerie pour faire bonne mesure, avant de s'éloigner d'un pas vif du passager.


* Décidément, le personnel laisse à désirer dans ce vol... * Songea Victor en retournant à son observation de l'Océan Pacifique qui défilait actuellement sous le jet.

En vérité, le Docteur Doom n'aimait pas vraiment voyager dans un environnement qui n'était pas le sien. Non pas que la peur de subir une tentative d'assassinat l’obsédait ; il était relativement confiant quant à sa capacité à sentir le vent tourner (et deux agents, même très bien entraînés par l'HYDRA, n'avaient que peu de chances de lui survivre. Surtout lorsqu'on savait que son armure se trouvait dans la soute du Jet). Sa gêne provenait davantage de l'ambiance générale, du thème adopté par Kronas Corporation pour la décoration. Vu par le génie criminel, cela revenait à se sentir l'intrus d'une image de jeux pour enfants en bas âge. Il ressortait de cette expérience un sentiment diffus d'inconfort reposant principalement sur les différences de goûts existants entre les individus. A savoir des dominantes rouge et noir pour le mobilier et la tenue du personnel, ainsi qu'une aura subtile mais tenace de germanisme que le régent Latvériste supportait de moins en moins. A l'opposé, Johann Schmidt, probablement à l'origine des choix réalisés en matière d'habillage, s'insérait parfaitement dans l'environnement.

Comme prévu, Crâne Rouge s'était plié aux exigences de "partage" de son collaborateur Européen, et ce sans chercher à dissimuler l'embarras qu'une telle demande lui causait. Par la suite, égal à lui-même, l'ennemi Juré de Captain America avait tout mit en œuvre pour inverser la tendance et récupérer les rênes, en prenant de lui-même l'initiative de préparer le départ des deux hommes sans délai. Sans surprise, l’ersatz d'être humain s'était tourné vers une de ses propres compagnies-écran pour effectuer le voyage jusqu'en Australie, et avait mentionné (voire instrumentalisé) le nom de Doom pour accélérer les préparatifs. Ce coup, en particulier, lui avait valu un sourire amer mais appréciateur de la part du Baron de métal.


* Joli ! En dévoilant publiquement cette sortie, Johann m'empêche de mener l'opération dans la discrétion, et fait en sorte que mon absence de Latvérie soit connue de tous. Ce qui d'abord me ralentit dans mes travaux personnels, et, surtout, laisse le champs libre à tout groupe désireux de tenter de libérer le prince Rodolphus de sa geôle. Cerise sur le gâteau : impossible pour moi de réfuter l'information sans paraître instantanément suspect et attirer l'attention. Ce qui signifie que plusieurs centaines de témoins, voire des chaînes de télévision, confirmeront mon départ. Voilà qui complique sérieusement mon plan initial. Se rendre sur le site en armure et incognito n'est désormais plus du domaine du possible. C'est... Un très joli coup. *

Enfoncé dans un fauteuil isolé proche de la cabine de pilotage, Victor posa une jambe en appui sur son genou, évitant de salir un pantalon ocre hors de prix durant le mouvement. Son costume, du même ton, lui donnait l'air moins intimidant, ce qu'il regrettait. Néanmoins, apparition publique oblige, le tyran s'était vu forcé d'apparaître sous son meilleur jour, d'autant plus que les récents évènements ne manqueraient pas d'égratigner son image. Pour l'heure, d'autres préoccupations que sa réputation outre-Atlantique monopolisaient son cerveau d’intrigant. En faisant lentement tourner les glaçons de son verre avec un petite moulinet du poignet, le Docteur Doom orienta le fil de sa réflexion sur la mystérieuse femme slave rencontrée par hasard quelques jours plus tôt. Une véritable diablesse, qui s'était montrée suffisamment téméraire pour permettre au rival de Reed Richards de prélever un échantillon de sang en toute connaissance de cause. La mutante, depuis quelques temps, occupait fréquemment les pensées du Leader de l'Alliance. Plus que la beauté sauvage de ses traits ou sa propension naturelle aux carnages les plus sanguinaires, c'était l'emploi qu'il convenait d'en faire qui obsédait le ténébreux trentenaire. Lou représentait un pion, un minuscule pion sur l'échiquier gigantesque du monde. Néanmoins, cette pièce du jeu n'était connue que de lui seul, pour le moment, ce qui octroyait à la belle brune une valeur bien supérieure à celle d'un pion ordinaire.

* Et avec le pouvoir unique dont elle dispose... Je pourrais en faire mon agent privée ! Ou une assassin à ma solde ! Une sorte d'atout dissimulé pour contrevenir aux imprévus, aux aléas de mes plans... *

Des plans, le génie criminel en avait. Depuis son usine de Doombots destinée à être à plus ou moins brève échéance attaquée par les forces gouvernementales (le chevalier Fantastic à leur tête), en passant par le problème Rodolphus qu'il tâchait de résoudre, ses manipulations délicates pour encourager les super-héros Neutres à entrer dans la danse de la guerre civile, et présentement un aller simple pour le sommet de la Puissance ; son esprit ne connaissait plus la tranquillité depuis longtemps. En revanche, il courait après les résultats, au sens figuré du terme. La majorité des travaux qu'il supervisait évoluaient à une allure pénible, défiant en lenteur les gastéropodes les plus amoindris. Pollué par cette pensée désagréable d'improductivité manifeste, le Baron de métal refusa tout net le massage que lui proposait une hôtesse, chose qu'il regretta tout de suite après-coup. Un peu de détente lui aurait fait le plus grand bien, avant de découvrir les installations de Crâne Rouge. Hélas, le régent de la Latvérie s'accrochait trop à sa fierté pour revenir sur sa décision. Il composerait donc stoïquement avec son dos noué pour le reste du trajet.

Rallongé par les haltes nécessaires à l’approvisionnement en carburant, le vol en direction de l'archipel Océanique comprenait un repas au cours duquel le prestigieux passager de Kronas Corporation s'assura que sa "cargaison personnelle" était bien toujours à bord. Il avait pour règle d'or de ne jamais aller nulle part sans son armure de titane,
a fortiori si son déplacement l'appelait à se montrer sous son apparence de maître du Crime. Tranquillisé, le Docteur Doom s'autorisa enfin à penser librement à l'instant tant attendu où il bénéficierait de pouvoirs illimités en provenance directe des mondes Démoniaques. Le cœur et l'esprit plus légers, il surprit une plantureuse blonde aux yeux verts en lui souriant au moment où elle lui apporta son assiette (un pavé de bœuf à la Florentine). Amusé par la stupeur de la jeune femme, le gentleman ne s'offusqua pas outre mesure d'avoir reçu des copeaux de parmesan sur son costume, et libéra l'ingénue après lui avoir simplement adressé un compliment sur un ton de confidence (traditionnellement, dans pareil situation, il murmurait plutôt une condamnation à mort, ou à la rigueur un enfermement à vie). La perspective d'acquérir un statut quasi-divin avait même chez les mégalomanes les plus endurcis ce genre d'effet euphorisant.
Quand les côtes Australiennes devinrent plus qu'une ligne floue qui se devinait à l'horizon, le businessman recouvra toutefois son sérieux, et décida d'aborder le sujet principal du voyage. Il se fit d'abord servir un verre d'eau pétillante, puis alla s'installer de façon à pouvoir discuter avec Schmidt sans avoir à élever la voix. Détaillant quelques secondes le visage factice qu’arborait son collaborateur, Victor s'interrogea :


" Dites-moi mon cher, ce petit "projet" que vous avez si aimablement accepté de me montrer... Il me semblait plus ou moins abouti, si je me souviens des comptes-rendus que j'ai eu le loisir de parcourir. Alors pourquoi ne pas l'avoir... Il se pencha en avant pour souffler, un ton plus bas et en s'arrêtant dès qu'un employé s'approchait Testé sur vous ? Vous n'aviez aucune raison particulière d'attendre pour faire usage de votre machine. Mais vous ne ressemblez pas vraiment à l'image que je me faisais d'un individu investi des talents infernaux... Se redressant, le tyran aux yeux sombres agita un index réprobateur, et poursuivit sur le même ton mi-moqueur, mi-suffisant. Ce qui me fait dire que vous me cachez quelque-chose, Johann. Et un point important, visiblement. Qu'est-ce donc ? Une difficulté technique que vos scientifiques ne parviennent pas à surmonter ? Ou bien alors, un test qui aurait révélé un phénomène imprévu ? Ne me dites tout de même pas que vous avez des problèmes avec les autorités locales ? " Ironisa-t-il avec un rictus narquois mêlé d'un sourire.

En y repensant durant le trajet en voiture, le comportement du chef de l'HYDRA avait paru un tantinet trop conciliant aux yeux du malveillant technocrate. Schmidt avait presque accepté trop vite de faire profiter de son travail un homme qu'il, au demeurant, n'appréciait guère. Voire pas du tout. L'un comme l'autre ne démontraient pour ainsi dire aucun effort pour dissimuler leur ressentiment mutuel, et peu d'employés de l'Alliance, du super-criminel membre au préposé aux latrines, ignoraient que les deux maîtres du Crime se vouaient une inimitié féroce. Fort de ce constat simplissime, le suspicieux passager de Kronas Corporation avait fini par supposer que ses talents de brillant ingénieur allaient être sollicités sous peu, et que toute cette histoire de "dossiers secrets" n'avaient été qu'une mascarade destinée à amener le Docteur Doom à apporter son aide au projet sans réclamer un trop grand dû en retour. Si l'homme au masque de Titane avait su que, sans son intervention, Johann n'arriverait jamais à ses fins, il se serait montré plus dur en affaires (ce qui, de fait, était sa spécialité).
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Johann Schmidt

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MessageSujet: Re: Les masques tombent (part II) [Crâne Rouge]   Ven 23 Sep - 11:59

Le long trajet en jet privé entrecoupé d’arrêts ne se fit pas au détriment de la lourde charge de travail qu’incombe la charge de leader de l’HYDRA. Il donna des ordres et directives à grands coups de téléphone en veillant à ajouter une ou deux menaces pour que ses interlocuteurs soient les plus efficaces possibles. Chaque halte fut l’occasion d’acheter un journal national et se documenter sur les éventuelles dernières nouvelles de la journée. Une photo illustrant le PDG de Kronas Corporation et le maitre de la Latvérie montant à bord d’un appareil de la société. Rien de compromettant étant donné qu’il existe des sociétés internationales qui sont établis en Latvérie, elles sont rares mais ça existe. Et puis cela montre uniquement que les deux hommes vont probablement faire des affaires et préfèrent le faire dans la tranquillité d’un avion privé.

Le Docteur Doom semblait ne pas apprécier la situation et encore moins le décor. Il ne cacha pas son dégoût. Rare sont les moments où les deux rivaux laissent déborder leur admiration pour l’autre. Le fait de voir le tyran en train de prendre un verre d’eau a quelque chose d’amusant. C’est tellement commun de le voir siroter un verre plein d’un millésime raffiné que la vision du même homme en train de boire une eau minérale lambda à de quoi être comique. La raison d’un tel choix semble logique. La prudence est mère de sureté. L’alcool peut aisément masquer le gout d’une quelconque substance mortelle et peut aussi diminuer son attention ce qui pourrait lui couter la vie vu la présence de Crâne Rouge. Ce dernier ne se priva pas d’alcool, un excellent whisky avec glaçons. Il s’empara du verre sans même prêter la moindre attention à l’hôtesse.

Lorsque survint l’heure du repas, un coup de téléphone permit de commander deux plats du chef dans un restaurant étoilé proche de l’aéroport le plus proche. Etant donné la taille réduite de l’appareil pour y contenir une cuisine adéquat aux exigences demandées, ils font au plus simple. Ce repas sembla être apprécié du dirigeant latvérien même si une très légère portion de parmesan atterrit sur son costume. L’hôtesse responsable des repas devint blême et s’imagina déjà en train de faire le saut de l’ange sans parachute pour cette faute inqualifiable. Mais Doom sembla sur un petit nuage et plaisanta. Surprenant. Plus tard, lorsque leur voyage fut sur le point d’entrer dans sa dernière étape, Victor Von Doom brisa le lourd silence pesant dans l’habitacle alors que Johann lisait un article relatif à la chute d’actifs boursiers survenu en fin de matinée.

" Dites-moi mon cher, ce petit "projet" que vous avez si aimablement accepté de me montrer... Il me semblait plus ou moins abouti, si je me souviens des comptes-rendus que j'ai eu le loisir de parcourir. Alors pourquoi ne pas l'avoir...Testé sur vous ? Vous n'aviez aucune raison particulière d'attendre pour faire usage de votre machine. Mais vous ne ressemblez pas vraiment à l'image que je me faisais d'un individu investi des talents infernaux...Ce qui me fait dire que vous me cachez quelque-chose, Johann. Et un point important, visiblement. Qu'est-ce donc ? Une difficulté technique que vos scientifiques ne parviennent pas à surmonter ? Ou bien alors, un test qui aurait révélé un phénomène imprévu ? Ne me dites tout de même pas que vous avez des problèmes avec les autorités locales ? "

Johann émit un très léger rire amusé, plia en journal et s’enfonça dans son fauteuil.

« Abouti ? Oui et non. Répondons-y avec une autre question : Est-ce que l’arme atomique était aboutie lorsqu’elle fut utilisée à Hiroshima ? Oui puisqu’elle a explosée comme prévu et ravagée les centres industriels de la ville et ainsi portée un coup décisif à l’effort de guerre nippon. Non puisqu’ils réalisèrent par la suite que l’explosion aurait dû se produire plus haut dans l’atmosphère afin de réduire les radiations au maximum. La bombe a fait son travail mais provoqua des milliers de pertes civiles par la suite. Etant donné le dispositif que mes chercheurs mettent au point, je préfère être sûr que le risque zéro est absolu avant de tester quoi que ce soit. J’ai tout mon temps pour éviter que ce genre d’incident. Je suis entièrement d’accord pour avoir la puissance d’un dieu mais sans pour autant devenir un monstre difforme sans le moindre signe d’intelligence. Je préfère largement rester le super-soldat défiguré plutôt qu’être une abomination écervelée ! »

Il sortit une boite en bois ouvragée qu’il ouvrit pour y prendre l’un des porte-cigarettes du maestro terroriste. D’une seule main, il s’empara d’un étui en argent dans laquelle il stocka ses cigarettes, prit l’une d’elles et la vissa au support en bois pour la coincer entre ses dents. Un briquet d’or permit à Johann d’avaler une bouffée de tabac tout en gardant une attitude noble. L’ensemble de ces petits gestes se firent avec une vitesse, une précision et une élégance que seul un habitué peut avoir.

« Parlons de cette machine afin de dissiper vos appréhensions. Nous l’avons appelé portail parce le seul moyen d’accéder à une dimension autre que la notre est, justement, d’ouvrir un portail. En cela je ne vous apprends rien. Mais comment ouvrir un portail vers les Enfers sans attirer l’attention de ses locataires ? C’est très simple en réalité. Au lieu d’ouvrir un seul et unique portail, il y a plusieurs centaines de portails à peine visibles à l’œil nu qui seront répartis équitablement sur l’ensemble de leurs domaines. De cette façon, ils sauront qu’il y a un problème mais sans pouvoir en trouver l’origine. Naturellement, ils s’accuseront mutuellement et vont se chamailler sans jamais trouver le véritable responsable. »

Inutile de préciser que cette idée vient de lui-même. Il est le seul de son organisation criminelle à établir de telles conspirations.

« Nous savons tous les deux qu’il est possible de modifier un être vivant avec une puissante source d’énergie. Le Surfer d’Argent est probablement le meilleur exemple d’être ayant été modifié par l’énergie cosmique. Mais où trouver de l’énergie cosmique ? Nulle part. Alors que les énergies contenues dans les Enfers sont plus facilement accessible. Et avec mon dispositif c’est aussi dangereux de prendre ces énergies que d’aller faire le plein d’essence ! Le véritable problème qui se pose et qui n’est pas mentionné sur le dossier c’est la redistribution de l’énergie. Actuellement la machine ressemble à un entonnoir sous une cascade. L’eau y passe mais il y a trop de perte. De plus elle est brute. On ne peut avoir la certitude que l’opération se déroule sans accrocs tant qu’on a pas résolu sa pureté à l’arrivée et canalisé toute cette énergie. »

Peu après le jet se posa au sol dans un aéroport privé loin des grandes villes et se gara dans un hangar pour que ses passagers puissent en sortir à l’abri des regards indiscrets. Une voiture décapotable et tout terrain les attendait. Pendant le trajet en voiture sur de longues routes non goudronnées en plein territoire sauvage et semi-désertique, Johann retira le masque de synthèse et discuta avec son voisin. Bien évidemment, le terroriste évoqua ses vieux souvenirs tel un retraité racontant ses expériences passées à ses descendants.

« A propos de l’arme atomique. Saviez-vous que j’étais le premier à posséder ce type d’arme ? L’Amérique n’avait pas encore effectué son premier essai que j’en avais déjà un d’opérationnel. J’avais une longueur d’avance d’au moins dix ans sur eux ! Arnim Zola a amélioré le travail de Von Braun et Diebner pour combiner les fusées du premier avec le programme nucléaire du second et c’est ainsi que j’avais en ma possession la première arme de destruction massive du monde capable de traverser l’Atlantique. J’étais sur le point de réécrire l’Histoire en la lançant sur New-York mais Captain America a réussit à le détruire. C’est le genre d’histoire qui reste classé dans les archives de l’armée américaine tellement cette suprématie les a terrifiée. Personnellement je n’ai aucune honte à raconter ce coup du sort même si c’est vous. Rien n’est complètement blanc ou noir, Doom. Gris très clair ou très foncé dans le pire des cas mais jamais complètement. Jamais. Prenons cet exemple sur le même thème : En 45 alors que la défaite était inévitable et que j’étais dans l’incapacité à reprendre le programme nucléaire en Europe, j’ai envoyé le sous-marin U-234 avec une demi-tonne d’uranium, plusieurs tonnes de matériel et des savants vers la première base secrète de l’HYDRA construite par le Baron Strucker selon mes ordres pour qu’il puisse poursuivre le programme. Hélas Captain America et l’US Navy ont stoppés le sous-marin. La simple pensée de la suite de son histoire le fit sourire. Cet échec n’est pas total. Captain America pensait agir pour le bien de ses valeurs morales. HA ! Quelle belle erreur de sa part ! L’uranium a partiellement servit à concevoir la bombe Little Boy qui rasa la ville d’Hiroshima le 6 août 1945 ! N’est-ce pas délicieusement ironique ? Par son intervention, Captain America est indirectement responsable de la mort de plus de deux cent mille personnes !! »

Johann éclata d’un rire sincère et foncièrement mauvais. Imaginer Captain America si prompt à sauver la veuve et l’orphelin, le soldat bouffi d’idées patriotiques et héro légendaire de l’Amérique en criminel de guerre, responsable d’un génocide. Il y a de quoi rire d’une telle différence d’images. Il est fort probable que le justicier et, actuellement, hors-la-loi se coupe les veines s’il venait à entendre cette horrible histoire. Après tout, il l’a cherché. L’inconvénient quand on est qu’un pion parmi d’autres c’est qu’on ne peut distinguer les actes malveillants de ses chefs.



Leur véhicule avait quitté les routes naturellement crées par le passage des voitures pour arpenter les plaines de sable rouge. Pas une seule personne consciente n’était visible à des kilomètres à la ronde. Dans ce genre de désert hostile la présence humaine est limitée, la plus grande ville n’excède pas les 25.000 personnes. Leur véhicule finit par s’arrêt, leur chauffeur composa un numéro sur un appareil de petite taille et, après quelques secondes d’attente, le sol devant eux s’ouvrit latéralement. La végétation et sable se séparèrent en laissant un trou large de trois mètres sur quatre. Un monte-charge en sortit, la voiture s’y posa, le monte-charge s’enfonça sous terre pendant que la trappe se referma au dessus d’eux. Les secondes défilèrent où la seule lumière visible fut celle de l’éclairage du monte-charge jusqu’à ce que, finalement, la vue imprenable sur une immense salle les éblouit brièvement. Le genre de salle capable d’accueillir un quartier de maisons entier sans contrainte de place. Les deux criminels sortirent de leur voiture décapotable pour prendre une espèce de voiture de golf, petite voiture à deux places, avec Johann comme pilote. Dans cette grande et unique pièce se trouvent des chars de combat de petites ou énormes tailles, des engins de chantier allant du simple tractopelle à la foreuse géante motorisée pour creuser de nouvelles galeries, des véhicules par centaine prêts à l’emploi. Des sbires de l’HYDRA travaillent d’arrache pied pour entretenir et réparer cette petite division blindé. On aurait pu se croire au sein d’une termitière tellement l’activité y est importante. Leur "caddie de golf" se fraya un chemin entre deux rangées de camions de transport de troupes sur lesquels des mécaniciens croisent le fer avec les problèmes techniques. Les troupes de l’HYDRA sursautèrent en voyant les deux personnalités présentes et se mirent au garde-à-vous en essayant d’avoir l’air le plus martial possible.

Après avoir traversé ce parking géant, leur petit véhicule s’engagea dans un passage bétonné et muni de systèmes de défenses sophistiqués et/ou efficaces. Nids de mitrailleuse, canons antichar, portes blindés, caméras de sécurité, baraquements de gardes dotés d’armes lourdes, etc… Ils aboutirent à un ascenseur et y entrèrent. Le côté opposé de cet ascenseur est vitré et plus ils descendaient plus de nouvelles salles défilèrent sous leurs yeux.

Le premier niveau inférieur qu’ils purent observer fut une grande salle de contrôle où des troupes de l’organisation terroriste géraient la sécurité et la surveillance de l’ensemble du complexe souterrain et extérieur. De simples agents surveillent leurs écrans de surveillances ou communiquent les informations par hauts parleurs aux salles concernées. Des officiers aboient leurs ordres aux simples agents tandis que des techniciens veillent aux fonctionnements des appareils. Une série d’écrans géants parsèment les murs aux côtés des grands drapeaux verts à l’effigie du crâne doté de tentacules. Des images défilent sur ces écrans : on y voit des couloirs, une cantine où discutent des sbires tout en se remplissant la panse, un émeu grattant du sable rouge, un touriste en train de photographier Uluru et ainsi de suite.

Le niveau du dessous fut une série de dortoirs, de salle de loisirs et de cantines destinés aux sbires. On y voit des salles de sport, de petites salles de cinéma diffusant des films de propagande et un amphithéâtre où un officier haut gradé raconte les mérites de leurs métiers. Des milliers d’agents vaquaient à leurs loisirs sans se soucier de ce petit ascenseur mural qui descend petit à petit et qui contient leur chef suprême et son chef par intérim. Les autres salles suivantes montrèrent de grands terrains d’entrainements où les sbires s’entrainent aux tirs sur des pantins habillés en agents du SHIELD et même des terrains grandeur nature où des combats à balles réelles se déroulent. Des usines produisant des armes et véhicules de combat se succédèrent sous les yeux des criminels jusqu’à ce qu’ils arrivent au dernier niveau du complexe.



Une pièce plus longue que large sert de centre de recherche pour le "Portail Démoniaque". Cette pièce est beaucoup moins grande que celles précédentes. Une grande sphère d’acier surplomba une cabine de taille humaine et reliées entre elles par plusieurs tuyaux représentent la machine tant convoitée par le leader de l’Alliance. Quelques ingénieurs travaillent en silence sous la surveillance d’une poignée de gardes.

« Là-bas. Désigna Schmidt en pointant du doigt une partie de la salle occupée par plusieurs tableaux noirs, de plans, de schémas et de papiers divers. Toutes nos recherches sont là. C’est ici que mes savants essaient de résoudre le problème de redistribution. Ils s’y approchèrent. De grandes formules mathématiques s’alignaient anarchiquement avec des combinaisons de symboles postbibliques. Une fusion d’écrits scientifiques et de sorcellerie. Pour moi, ce n’est que du charabia. Mais en tant que scientifique et sorcier, je suppose que vous saurez comprendre sa signification. En parlant de scientifiques…où sont-ils passés ? Je vais les chercher pour vous les présenter. Bonne lecture. »


Plus tard

Un petit quart d’heure s’était écoulé durant lequel les personnes de la salle avaient silencieusement quittés. Doom était seul dans cette pièce. Quant à Crâne Rouge, il trônait dans la salle de contrôle où les écrans géants diffusaient la surveillance du latvérien. L’ex-nazi activa le haut-parleur de la salle de Doom.

« Doom ? M’entendez-vous ? J’ai une autre histoire à vous raconter. C’est celle d’un orphelin qui est devenu le bras droit d’Hitler. Le dictateur lui donnait carte blanche pour chacune de ses actions car il savait qu’elle lui serait bénéfique. Recherches sur cobaye humains, génocides, espionnage, sabotage. Il ferma les yeux sur tout ce qu’il faisait et lui donnait toujours plus de pouvoirs. Cet homme est devenu le super soldat du Troisième Reich. Il était un symbole de peur pour chaque être vivant dans le monde libre. J’étais ce symbole. L’inconvénient d’avoir travaillé pour Hitler c’est que l’étiquette Nazi me suit partout. Magnéto ne m’aime pas parce que je représente ce qui a annihilé son peuple. Foutaises ! Je suis un opportuniste ! Hitler n’était qu’un professeur, un modèle sur lequel je me suis basé pour me forger ma propre image. Et il faut qu’un jour l’élève dépasse le maitre. Si la première torche humaine ne l’avait pas tué, je l’aurais fait de mes propres mains. Comprenez-vous ce que je veux dire ? Ni dieux ni maitres. Tout ceci n’est qu’un piège. Vous êtes seul au sein d’une base ultrasécurisée de l’HYDRA. Il faut parfois un beau mensonge pour apprivoiser une bête féroce. Cette histoire de portail est une invention destinée à vous emmener ici. Je veux votre pays, vos inventions, tout ! Je vous laisser le choix. Capitulez honorablement en me restituant tout vos biens et vous vivrez. Sinon vous pouvez refuser et vous battre dans un combat aussi vaillant qu’inutile. »

Pendant son discours, des robots de combat s’approchèrent de Victor d’un pas lourd et menaçant. Des pans de murs s’ouvrirent d’où sortirent des armes de combat. Le piège s’est refermé.

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Victor Von Doom

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MessageSujet: Re: Les masques tombent (part II) [Crâne Rouge]   Jeu 3 Nov - 23:00

[HRP]Vraiment navré de t'avoir fait autant patienter Embarassed[/HRP]

Le sourire matois de l'industriel s'effaça en entendant la réponse verbeuse de son homologue Allemand. Se référant une fois de plus au passé pour expliquer le présent, Schmidt louvoya dans son exposé pour finalement aboutir à une conclusion peu surprenante : sa principale motivation à partager le fruit de ses travaux était d'atteindre un degré de risque avoisinant le zéro absolu, ce que le Tyran Latvériste ne manqua pas de considérer comme un compliment fait à ses compétences en ingénieurerie. La partie relative à la première bombe A n'était là que pour permettre à l'homme de replonger avec délice dans l'un de ses nombreux souvenirs de guerre. Victor profita de l'intimité de la conversation pour approuver :

« Il est vrai que l'Alliance a déjà largement son lot de brutes décérébrées. Inutile de nous encombrer davantage avec d'autres résidus d'Homo sapiens. Crâne Rouge s'autorisa une cigarette, réalisant avec précision et rapidité ce qu'aucun fumeur invétéré n'aurait pu faire sans s'emmêler les pinceaux. Pour sa part resté sur sa faim, son vis-à-vis fronça les sourcils et reprit Mais vous n'avez pas vraiment répondu à ma question, Johann. Cette machine... »

« Parlons de cette machine afin de dissiper vos appréhensions. Nous l’avons appelé portail parce le seul moyen d’accéder à une dimension autre que la notre est, justement, d’ouvrir un portail. En cela je ne vous apprends rien. Mais comment ouvrir un portail vers les Enfers sans attirer l’attention de ses locataires ? C’est très simple en réalité. Au lieu d’ouvrir un seul et unique portail, il y a plusieurs centaines de portails à peine visibles à l’œil nu qui seront répartis équitablement sur l’ensemble de leurs domaines. De cette façon, ils sauront qu’il y a un problème mais sans pouvoir en trouver l’origine. Naturellement, ils s’accuseront mutuellement et vont se chamailler sans jamais trouver le véritable responsable. »

L'ennemi juré des quatre Fantastiques sourit à pleines dents en imaginant cette réjouissante perspective. Aussi pénible et désagréable que ce soit à admettre, Schmidt savait s'y prendre pour organiser et planifier des machinations retorses à souhait. Peu s'en faudrait pour qu'il représente le cerveau le plus prolifique de l'Alliance.

* Mais ce serait faire bien peu de cas de l'intellect du chef de la Confrérie, et de la roublardise de l'Entité taciturne. Tout cela en prenant en compte mon génie, naturellement. N'est pas né celui qui manipulera le Docteur Doom. * Songea fièrement Victor en repensant aux divers affaires qu'il gérait en ce moment même. Voluptueusement, il étira son dos raidi par la longueur du trajet contre le dossier du siège, avant siroter son verre.

Le rival de Reed Richards accorda une attention toute particulière aux informations donnée par le directeur de l'HYDRA , plus précisément sur l'aspect brut de l'énergie infernale récupérée par l'ensemble des portails interplanaires. Ses recherches en matière de Démonologie lui avaient appris qu'un corps terrestre ne pouvait recevoir ladite énergie sans une préparation préalable, que ce soit pour l'hôte ou pour l'élément transféré. Son féroce regard émeraude se perdit un instant dans le vide, tandis qu'il commençait à monopoliser ses connaissances en vue des calculs à effectuer. L'industriel espérait ainsi gagner du temps sur son ascension au Pouvoir.

Le jet entama sa descente au cours des minutes qui suivirent. Respectueux des convenances du milieu criminel, le pilote les déposa au sol après avoir atterrit sur une piste isolée, loin des curieux et des autorités aériennes. L'atmosphère sec et torride de l'Australie mit presque instantanément le régent auto-proclamé de la Latvérie en nage à sa sortie de l'avion. Victor ne perdit pas une seconde et se hâta d'aller enfiler son armure restée dans la soute, dont le système de climatisation interne lui procura rapidement une protection isolante contre la rigueur du climat Océanique.

A l'abri du titane, sa longue cape traînant dans son sillage, le Docteur Doom se préparait à aller retrouver son guide, lorsque le signal d'un appel entrant vint s'afficher sur l'écran de son masque. La ligne était sécurisée, et seuls une poignée d'individus disposaient des autorisations permettant d'utiliser ce canal, tous affectés au même projet. Appuyant sur un bouton situé sur son avant-bras, le baron de métal prit soin d'insonoriser l'habitacle de son armure avant de démarrer la communication.


« Seigneur Doom ? Ici le professeur Pojkov. » S'identifia une voix éraillée à l'accent indiscutablement slave.

- Faîtes vite, professeur. Je n'ai que très peu de temps à vous consacrer. Le tança sans amabilité aucune son supérieur et employeur.

- B-Bien sûr, votre Seigneurie... Comme prévu, nous nous sommes chargés de procéder aux modifications d'armement stipulées dans le protocole des DoomBots V5.2 L'unité opérationnelle a passé tous les tests étalons avec succès et a été placée en veille. Les trois autres DoomBots en sont à soixante-dix neuf pour cent de leur construction, ce qui signifie que nous seront prêt à faire la démonstration dans les délais.

Victor se passa la langue sur les dents, se donnant une demie-minute pour trancher sur le dilemme qui l'occupait. Fallait-il enclencher la suite de son plan dans l'heure pour coller à la stratégie établie, ou bien mettre la fabrique en hiatus le temps d'acquérir de nouveaux et incommensurables pouvoirs ? Une fois invincible, il aurait tout le loisir de traquer et d'éliminer Richards sans effort. Ce qui revenait à dire que la fabrique ne lui servirait plus à rien, car distraire Mister Fantastic ne ferait plus partie des priorités du Latvériste. Cependant, par pur égocentrisme, le leader de l'Alliance aspirait à voir son projet mené à terme. D'un ton rêche et froid, il intima à son interlocuteur:

- Vous vous en sortez bien, professeur. Du moins, pour le moment... Envoyez le courrier rédigé à l'intention de Mademoiselle Walters d'ici deux jours. Si Monsieur Marko a convenablement rempli son rôle, elle devrait répondre favorablement à notre demande. Ensuite, vous avertirez Linsberg. Dites-lui de « répandre la nouvelle », il comprendra. Et au passage, vous lui confirmerez l'affectation de Monsieur Stane à la présentation de la fabrique, et celle de mademoiselle Cross à la sécurité. Ne me décevez pas, Pojkov. Conclut le super-criminel sans laisser le temps à son correspondant de réagir.

Satisfait de la tournure que prenait les choses, le Docteur Doom put enfin rejoindre le reste du groupe et embarqua sans cérémonie dans un véhicule tout-terrain dépourvu de toit. Il se félicita de disposer d'un masque, car le trajet en direction du désert australien risquait de plonger tous les passagers dans un nuage permanent de poussière. Rien n'était comparable à la sensation de se trouver immergé dans une brume constituée de roches minuscules toutes prêtes à agresser vos yeux, vos bronches ou à salir vos vêtements. Tandis que l'automobile accélérait, Schmidt imita son collaborateur et recouvra son apparence naturelle. Tous deux se trouvaient désormais sous leur jour véritable, et faisaient route vers ce qui marquerait le début d'une nouvelle ère.


* Une ère de crime, de domination internationale, une ère de guerre et de terreur pour les faibles et les bien-pensants. * Rêva fiévreusement Victor en vérifiant que sa longue cape ne risquait pas de se prendre dans une des roues du véhicule.

Afin de meubler le silence qui menaçait de s'installer entre les deux génies maléfiques, Crâne Rouge infligea à son interlocuteur un monologue au thème pour le moins novateur : la seconde guerre mondiale. Sur toile de fond historique (très détaillée, il fallait l'admettre), le directeur de l'HYDRA relata au tyran la contribution peu connue du porte-bannière étoilée au projet Manhattan. Pour la forme, il accompagna le Némésis de Captain America dans son hilarité par un court rire sardonique. Savourer les déboires d'un rival recelait une saveur toute particulière, il s'agissait d'un met que le criminel au masque de titane goûtait d'ailleurs avec plus d'empressement que d'autres. Pour cette raison, il se retint de couper Schmidt et prit son mal en patience. Voyager dans un véhicule commun constituait l'assurance solide de ne pas subir un attentat à la voiture piégée, mais présentait l'inconvénient majeur de devoir supporter les autres passagers. Cherchant à atténuer son supplice, Doom visualisa son prochain combat contre Reed, l'aisance avec laquelle il ferait plier le célèbre scientifique. Son regard perdit un peu en intensité à mesure qu'il s'égarait au confins de contrées oniriques peuplés d'anciens ennemis anéantis et d'esclaves innombrables. Le régent de la Latvérie laissa son attention se focaliser distraitement sur le défilement morne du relief rocailleux. Cette récréation intellectuelle dura jusqu'à ce que le tout-terrain ralentisse, pour s'arrêter au milieu de nul part. Devinant où tout ceci allait le mener, le Baron de métal assista sans grande surprise à l'ouverture d'un accès secret à un monte-charge.


* Si elle n'avait pas été aussi bien dissimulée, j'aurais presque honte de ne pas avoir repéré cette installation plus tôt... * Songea sombrement le monarque tyrannique en se remémorant que la présente base illustrait à merveille l'ascendance que Crâne Rouge avait sur lui en terme d'efficacité de contre-espionnage.

L'ouverture du monte-charge avala le sable du désert goulûment, et en silence, pareil à un trou noir absorbant la matière sans frémir. Spectateur impassible, Victor visualisa les milliers de cristaux de silicate qui s'écoulaient sans fin, chutant en pluie das le conduit ouvert pour terminer leur course dans un circuit de récupération qui rejetait le sable plus loin. On évitait ainsi que les engrenages ne se bloquent à cause d'impuretés venues s'y immiscer. La gorge asséchée par la sécheresse ambiante, l'industriel déglutit avec difficulté. Il peinait à contenir son envie d'accélérer le déroulement des choses. A son grand dam, le chef-d'orchestre de cette représentation avait opté pour une progression lente de l'acte principal. Le monte-charge fut donc fusillé du regard tout le temps que dura la descente jusqu'au hangar.


« Belle collection de jouets. » Commenta le ténébreux brin sous couvert de son masque tandis que, à bord d'une voiturette nerveuse, le directeur de Kronas Entreprise et lui dépassaient toutes les variétés existantes de véhicules de chantiers
(chacun présent en dix exemplaires minimum), entrecoupées de chars d'assauts dont pas un ne ressemblait à son voisin.

De l’esbroufe dans sa forme la plus triviale. Cependant, ce genre de démonstration faisant partie intégrante des relations entre super-vilains, le tyran d'Europe de l'Est prolongea son mutisme. Il se borna à émettre quelques grognements approbateurs lorsque leur caddie approchait d'un tank particulièrement imposant, ou de glousser brièvement en avisant un modèle qu'il considérait comme obsolète. Des gardes postés en faction dans la zone, et qui se mirent promptement au garde-à-vous, il ne tint pas compte. L'obéissance n'était flatteuse que lorsqu'elle était dirigée à votre attention seule ; autrement, on parlait de servilité, ce qui devenait plus un défaut qu'une qualité appréciable.

Les deux prestigieux visiteurs progressèrent ensuite au travers de couloirs à l'atmosphère aigre, austère et tende. L'épaisseur des portes de sécurité en acier inoxydable, la multitude des tourelles automatiques ainsi que le potentiel destructeur de certaines armes (canons anti-chars et autres lance-missiles téléguidés) ne laissaient pas de place à l'imagination : ils pénétraient dans le saint des saints.


* Que voilà un bien bel assortiment de protections : scanners rétiniens très haute définition, verrous magnétiques, salles de gardes blindées avec issues d'évacuation indépendantes, tourelles de 750 mm pour perforer d'éventuels blindages... Connaissant Schmidt, il aura dédaigné équiper ses gardes de simples fusils automatiques. Je verrais plutôt des calibres artisanaux, à chargeurs de faible contenance mais contenant des projectiles gaînés au téflon ou à pointe creuse. L'idéologie Allemande : faire dans l'efficacité, sans superflue. *

Ces considérations traversèrent l'esprit du Docteur Doom tandis que son hôte le conduisait à l'intérieur d'un ascenseur, délaissant négligemment la voiturette à proximité de la cabine. A la périphérie de son champs de vision, Victor avisa un ouvrier qui, plein de zèle, se dépêchait déjà d'aller récupérer le véhicule de son supérieur. Le désordre n'était apparemment pas bien toléré au sein d'HYDRA... Un point sur lequel l'avis des deux génies criminels convergeait (chose assez rare pour être signalée). Pivotant sur lui-même pour cesser d'avoir le gargantuesque entrepôt face à lui, l'éternel rival de Reed Richards focalisa son attention sur la paroi de verre attenante. Un moyen pratique de s'assurer que l'on se trouvait au bon étage, qui actuellement offrait le panorama sobre mais reposant d'un mur lisse.

* Après l'incessant fourmillement précédent, ce silence est d'or... * Savoura le tyran au moment où les portes se refermèrent pour isoler le duo des bruissements et de l'agitation du niveau supérieur.

Trois niveaux les séparaient encore de leur objectif. A mesure que la proximité avec les portails expérimentaux diminuait, le fielleux industriel cessa de se préoccuper de son environnement direct. Ce que faisait Johann (fumer une nouvelle cigarette, joueur avec ses mains ou même s'épousseter) ne lui importait guère, pas plus que la vitrine des activités diverses de son agence ne l'intéressait. HYDRA se comparait à n'importe quelle puissante organisation où discipline et rigueur étaient les maîtres mots. A cela s'ajoutaient les fioritures d'habillage (ici, l'influence de la seconde guerre mondiale, très prégnante sur la psyché de l'ancien Nazi, ainsi que sa manie de collectionner des trophées), mais, en définitive, ces détails ne changeaient pas grand-chose. Au contraire de leur descente, qui accroissait à chaque mètre traversé la pression sur leurs épaules, (la chaleur devait être régulée par une climatisation centrale certainement très sollicitée).Sur l'écran interne de son masque,
le leader de l'Alliance nota l'augmentation du nombre de Pascals, qui se stabilisa finalement au voisinage des mille deux cents soixante-dix hectopascals.
Ce fut le signal tant attendu, pour l'ennemi des quatre Fantastiques : derrière les doubles portes de l'ascenseur l'attendait son ticket pour l'hégémonie. L'instant avait quelque-chose de solennel, de dramatique. Doom regretta presque l'absence de musique, qui aurait parfaitement souligné l'aspect magistral des minutes qui allaient suivre. Incapable de rester coi, le trentenaire en armure murmura d'un ton triomphal:


«  Enfin, nous y sommes. Les marches du Panthéon sont à notre portée... » Et, par coquetterie, il prit soin d'égaliser la longueur de sa longue cape. D'une main fébrile, il réajusta la position de son faciès factice, ce qui lui masqua temporairement la vue. L'instant d'après, le Portail s’exhibait à lui. Conformément à la règle établissant que les dimensions d'une pièce devaient être inversement proportionnelles à son importance, celle-ci contenait simplement une lisse et belle sphère métallique brillante d'où s'échappaient divers sortes de tuyaux, à la manière d'un octopode de synthèse. Le seul autre foyer d'activité se situait sur un des côtés de la salle, où l'on pouvait admirer les analyses théoriques menées par les scientifiques en charge du projet. S'arrachant à la contemplation de l’œuvre d'art technologique,Victor von Doom prêta une oreille attentive à son hôte, l'index suivant songeusement le contour de son masque.

« Là-bas. Toutes nos recherches sont là. C’est ici que mes savants essaient de résoudre le problème de redistribution. Pour moi, ce n’est que du charabia. Mais en tant que scientifique et sorcier, je suppose que vous saurez comprendre sa signification. En parlant de scientifiques…Où sont-ils passés ? Je vais les chercher pour vous les présenter. Bonne lecture. »

Le tableau, rivalisant par son étendue avec la toile [Guernica[/u]de pablo Picasso, comprenait effectivement quantité de symboles mathématiques mêlés à des signes cabalistiques wiccans ainsi qu'à des formules de conjuration démonologistiques. L'ensemble tenait plus d'une peinture abstraite que d'un véritable calcul manuscrit. Cependant, de part ses compétences et son expérience des arcanes mystiques, l'industriel parvint à passer outre la surface opaque des caractères anarchiquement inscrits pour y visualiser un cheminement logique. D'emblée, l'attention de l'initié aux arts mystiques fut happée par la fresque scientifique, toute impatient qu'était l'éternel rival de Reed Richards d'en sortir une source de pouvoirs illimités. Distraitement, sans même prendre la peine de se retourner, le trentenaire répondit:

« Oui oui, faites donc, Johann. Laissez plutôt le « charabia » aux véritables intellectuels. »

L'index levé pour suivre la progression de son décryptage, l'homme en armure de titane lut à voix basse les formules, prononçant d'une voix anormalement grave et rocailleuse les Injonctions et Incantations pour mieux s’imprégner des travaux établis par les éminences grises d'HYDRA.

* Voyons... Ici, les closes empêchant le retour au possesseur original. Positionnées autour des paroles de Commandement, les glyphes stabilisant la structure des portails que l'on cherche à engendrer. Tiens ? Curieux... Ils ont opté pour une géométrie à triple cercle dans la configuration des injonctions. Étonnant... Ce genre d'agencement aurait été plus adapté pour un sort d’asservissement. N'importe quel apprenti sorcier sait qu'un pentagramme est de rigueur lorsque l'on tente d'installer un portail interplanaire. *

« Dites ! Il me semble que...  » Doom s'interrompit au moment où il acheva de se retourner.

La salle était déserte. Seul bruit de fond : le discret et monotone rugissement des machines utilisées pour entretenir le vaste complexe souterrain. Le génie du crime fronça les sourcils, et fit un pas lourd en direction du centre de la pièce. L'écho se répercuta d'une manière sinistre. En dépit de l'absence totale de vent, il crut sentir un courant d'air glacé lui caresser lentement la nuque. Schmidt n'avait-il pas dit qu'il partait chercher des scientifiques?


* A quoi est donc en train de jouer ce misérable Nazi? *

Sans plus attendre, le latvériste se dirigea vers l'ascenseur, et enfonça la touche d'appel d'un index déterminé. Un son grave, signifiant clairement un refus d'obéir, lui répondit. Pour bien compléter le message, la touche prit une teinte aussi rouge que le visage émacié du directeur de Kronas Entreprise. Debout face aux doubles portes obstinément closes, Victor analysa brièvement la situation.

« Pourquoi verrouiller l'ascenseur si on tente de faire descendre un groupe d'individus à cet étage ? A moins que le bouton contienne un système d'identification … Cependant, je trouve que cela commence à faire beaucoup de coïncidences. D'abord, on m'isole. Ensuite, on m'empêche de quitter cet endroit. Et puis quoi ? On m'annonce qu'on va me tuer ? » Ricana le despote en tourbillonnant sur lui-même pour examiner sous toutes les coutures son environnement.

C'est à cet instant précis que la voix synthétique de son hôte se manifesta, à un volume pénible et avec une joie manifeste de très mauvaise augure. Avec un léger décalage, trois pans de murs se soulevèrent, dévoilant à chaque fois un colosse métallique de près de trois mètres de haut. Larges d'épaules, les robots entourèrent leur cible d'une démarche pesante, leurs bras trop lourds les obligeant à se tenir voûtés pour corriger le déplacement de leur centre de gravité. Tout à sa jubilation, l'allemand s'improvisa speaker, entamant son annonce par une courte rétrospective sur la vie de l'ennemi du capitaine Rogers avant de formuler à haute et intelligible voix ce que le Baron de Métal n'aurait jamais cru possible. On l'avait bel et bien piégé.


* C'est... Impossible. * Nia Doom en restant statique.

Ses oreilles sifflèrent, une sueur glacée lui inonda le visage, et sa vision se troubla. Paradoxalement, sa bouche devint très sèche et parut se comprimer, devenant à peine capable de contenir sa langue. La gorge serrée, le leader de l'Alliance chercha à reprendre son souffle, mais ne parvint qu'à inhaler un mince filet d'air. Son larynx étrécit avait acquis le diamètre d'une paille, tandis que ses poumons paraissaient s'être solidifiés. Le cerveau de l'homme tombé dans un traquenard tournait lui en boucle sur une unique pensée, qui rebondissait contre les parois du crâne de son possesseur stupéfait.


* Impossible.... C'est... Rien n'est réel.... Non... *

Le souvenir de toutes les machines de guerre entreposées lui revint, clair et aussi limpide qu'un film projeté devant son nez. De manière plus confuse, il revit les postes de sécurité, les tourelles automatiques, les troupes innombrables qui s'entraînaient à un niveau inférieur, quelque-part au-dessus de sa position actuelle. Le régent auto-proclamé de la Latvérie se fit l'effet d'être un insecte gobé vivant par un monstrueux animal. Prisonnier dans les entrailles du complexe d'HYDRA, son unique porte de sortie l'attendait des kilomètres plus haut, derrière une armada suréquipée et surentraînée.

« Je vous laisser le choix. Capitulez honorablement en me restituant tout vos biens et vous vivrez. Sinon vous pouvez refuser et vous battre dans un combat aussi vaillant qu’inutile. »

Afin d'appuyer son ultimatum, Schmidt activa les défenses internes de la salle, qui se manifestèrent par une myriades de canons escamotés dans les rares pans de murs ne dissimulant pas un robot géant tueur. Les machines de mort cliquetèrent comme autant de pinces d'insectes gigantesques en s'armant, alors que les trois bipèdes mécaniques se contentèrent de toiser « l'invité » d'HYDRA de leur regard vide et inexpressif. L'homme à la cape d'émeraude respira deux fois sans mot dire. Puis ce fut le déclic. Intérieurement, son cerveau se mit à fourmiller de décharges, d'impulsions, toutes voulant atteindre en priorité de cortex pré-frontal du trentenaire. Un ange passa.

* L'immonde, le putride cadavre ambulant OSE me menacer MOI ? Il s'imagine pouvoir me forcer à lui céder MON empire ? Jamais personne encore ne s'était permis de me défier à ce point ! Très bien, Schmidt. Vous voulez aller au bout de cette lutte ? Vous pensez pouvoir me tenir tête ? Je vais raser ce complexe pestilentiel, réduire en miette vos chars, étripez vos pantins malingres, brûler toute trace de votre passage sur Terre, oblitérer HYDRA de cette réalité ! Et lorsque vous resterez seul, agonisant et que je vous tiendrai dans ma poigne de fer, ce sera VOUS qui me supplierez de vous achever! *

Cette déferlante de rage se fit en silence, et chassa son apathie comme une bourrasque l'aurait fait avec un tas de poussière. Un voile rouge passa devant ses yeux. Il n'y eut pas de hurlement, pas de rugissement. Pas d'imprécations jetées sur le nom de Crâne Rouge. Victor avait littéralement explosé son compteur de haine et d'aversion. Aucun mot n'aurait pu exprimer ce qu'il ressentait, pas plus qu'un acte physique. Autant essayer de comprimer le souffle d'une bombe dans une boite de conserve. Tout ce qui tentait de contenir la fureur du latvériste était voué à exploser. L'adrénaline inonda les veines du génie criminel, faisait bouillir son sang comme de la lave en fusion complète. Il se sentait capable de courir des heures sans s'arrêter, de combattre des jours durant sans pause. Mais surtout, il désirait DETRUIRE. Auparavant glacé et impavide, son être n'était désormais plus qu'un gigantesque brasier ardent impatient de se libérer.

De toute ses forces, l'incandescent latvériste hurla sa réponse, sa voix amplifiée par le micro intégré à son masque prenant le timbre d'un géant des collines tonnant du haut de son repaire. Tête tournée vers le plafond, bras largement écartés, sa décision fut sans équivoque :


« SCHMIIIIIIIDT ! Vous irez brûler EN ENFER ! »

Aussitôt, une grêle ininterrompue de balles et de missiles fusèrent sur le Docteur Doom, qui activa son bouclier sitôt sa promesse prononcée. Pliant les genoux, il se propulsa au-dessus du sol et activa son jet-pack afin de se mettre hors de porté des robots géants. Sa priorité était de détruire les batteries d'armes le prenant pour cible ; ensuite, atomiser trois pauvres automates deviendrait une partie de plaisir.

« Ordinateur, scan complet de la salle sur 360 °. Recherche d'infrastructures informatiques. » Ordonna l'ingénieur talentueux tout en s'assurant que écran protecteur tenait le choc face au feu nourri qu'on lui imposait.

S'immobilisant à cinq mètres du sol, l'adversaire intemporel des quatre Fantastiques ramena ses bras vers sa poitrine, avant d'expédier deux rayons concentrés d'énergie Eldritch sur les parois de la salle. Pour avoir étudier les particules émises, Victor savait que l'on ne pouvait que très difficilement les absorber. De quoi compliquer toute tentative pour se prémunir contre les dégâts causés par cette énergie surnaturelle. Les faisceaux blanchâtres fendirent la salle dans sa largeur, avant de rencontrer deux plate-formes qui explosèrent sans autre forme de procès. Les déflagrations conjointes sonnèrent comme une douce musique aux oreilles du combattant isolé, qui nota malgré tout que ses trois chaperons ne s'étaient pas émus outre mesure de baigner dans les flammes. A part un peu de suie, leur blindage avait parfaitement tenu le choc. Autre surprise : leurs bras, précédemment terminés par des mains griffus, s'achevaient à présent par d'étranges canons évasés crépitant d'une façon très menaçante. Obéissant à son instinct, le Baron de Métal virevolta de son mieux pour éviter la première rafale plutôt que de simplement laisser son bouclier encaisser l'attaque. Un tir toucha un panneau de lance-missiles, lequel émit un chuintement de regret avant de devenir silencieux.


* M****e ! Ces enflures sont armées de canons IEM ! Une seule touche, et c'est toute mon armure qui sera désactivée. * Comprit le tyran aux yeux verts en reconnaissant les dommages si spécifiques qu’occasionnaient les armes électro-magnétiques.

Esquiver les mortelles projections tout en neutralisant progressivement les armes de combat occupa un bon moment le leader floué de l'Alliance, qui haleta rapidement sous la violence de ses efforts. Une transpiration musquée macula sa tenue, qu'il ne prit pas le temps d'évacuer par le système de ventilation intégré. D'autres problèmes plus importants l'accaparaient dans l'immédiat. Le scanner qu'il avait commandé subissait le contre-coup de son ballet aérien, lequel ralentissait sérieusement l'analyse des lieux. Ce dont le rival de Reed Richard ne prit à aucun moment conscience. Il tourbillonnait autour des trois robots, qui intensifiaient leurs tirs. Faire en sorte qu'ils se désactivent les uns les autres aurait constitué une excellente stratégie, cependant, après avoir vu l'un des automates prendre de plein fouet une impulsion IEM sans réagir, Doom avait abandonné l'idée. En définitive, son pouvoir Eldritch restait sa meilleure arme, comme il en fut attester lorsque deux rayons détruisirent un premier guerrier de métal.


« Je suis un peu déçu, Johann. Serait-ce là le fleuron de votre industrie militaire ? Laissez-moi rire! » Fanfaronna le latvériste en faisant une nouvelle victime parmi les robots.

En un contre un, rares étaient les individus capables de tenir tête au tyran d'Europe de l'Est, surtout lorsque ce dernier bénéficiait d'une folie meurtrière décuplant ses instincts guerriers. Un dernier looping, un flash lumineux aussi bref qu'intense, et le calme revint autour de la machine ressemblait à une pieuvre argentée. Les décombres ne se comptaient plus, une sombre fumée emplissait peu à peu l'espace, et des cratères d'une profondeur variables décoraient à présent chaque portion de mur. Le vainqueur du pugilat moderne se laissa tomber sur les dalles, accusant un choc douloureux à sa réception. Son bouclier se désactiva, lui dévoilant un champs de bataille qui n'était pour Doom qu'un aperçu du carnage qu'il s'apprêtait à perpétrer.


* Tout de même... Comment croire que trois misérables jouets pourraient me tuer ? Ce sous-produit de soldat n'a décidément plus les yeux en face des trous... * Se gaussa le trentenaire en écrasant dans sa paume le crâne miraculeusement épargné par les déferlantes d'énergie.

« Scanner de la zone terminé. Sources électroniques localisées : deux. Source A : boîtier de commande d'ascenseur, bloqué par un code à vingt éléments. Estimation du temps nécessaire pour déverrouiller le système : cent trente huit secondes. » Annonça l'ordinateur central de l'armure d'une voix atone et masculine.

- Entame la procédure de déverrouillage. Quelle est la nature de la source B ? S'enquit le souverain despote.

- Il s'agit d'un dispositif explosif avec minuteur descendant à très grande vitesse dans notre direction. Impact dans approximativement : soixante-dix secondes. Minuteur réglé pour déclencher la charge dans : soixante-dix secondes. Puissance : inconnue. Estimation de la dangerosité du dispositif : mortelle. Répondit avec flegme le processeur tandis que le latvériste fonçait déjà vers l'ascenseur.

* Le s****d ! Tout ça n'était qu'une diversion, pour m'obliger à rester ici le temps qu'il arme et m'envoie sa bombe en utilisant le conduit de l'ascenseur ! Impossible de neutraliser la bombe en un délai aussi court,, et le minuteur rend caduque la possibilité d'empêcher la détonation en la réceptionnant avant qu'elle ne s'écrase. Mon bouclier pourra-t-il amortir suffisamment la déflagration ? Et la structure tiendra-t-elle le coup, ou bien s'écroulera-t-elle sur moi ? *

Agissant sans réfléchir, il expédia deux missiles sur les portes de l'ascenseur (pas le temps d'attendre le déverrouillage), avant d'enfoncer ses dernières d'un puissant coup de poing. Écartant avec un rugissement d'effort les panneaux d'acier, le génie du crime s'engouffra tant bien que mal dans le conduit et releva la tête. A une vitesse folle, un petit point grossissait à vue d’œil en sifflant tel un aigle fondant sur sa proie. Sans hésiter, l'homme au tempérament volcanique emmagasina autant d'énergie Eldritch qu'il le pouvait tout en activant ses propulseurs dorsaux à pleine puissance. Projeté comme un missile, il s'envola, sa cape vibrant sur son dos, pareil à un chevalier affrontant un concurrent lors d'une joute à cheval. Différence notable : le concurrent était constitué de substances explosives, ce qui n'empêcha pas le fougueux assaillant de lui expédier une double décharge d'énergie tout en hurlant la commande vocale d'activation de son bouclier.

Le plan du Docteur Doom était on ne peut plus simple : pour éviter de se retrouver enseveli sous les gravats, il lui fallait faire sauter la bombe avant qu'elle n'atteigne le sol, et traverser la déflagration pour ne pas se trouver sous l'éboulement qui suivrait inévitablement. En d'autres termes, il lui fallait remonter un conduit vertical avec assez de vitesse pour ne rester qu'une ou deux secondes au sein d'une fournaise, et forcer l'explosion du dispositif (percuter une bombe n'ayant pas encore sauté aurait eu des conséquences autrement moins agréables).


* Et même si je m'en sors vivant, il y a encore toute l'armée d'HYDRA qui doit piaffer d'impatience, un étage au-dessus. * Songea sombrement le téméraire voltigeur juste à la seconde où les rayons Eldritch touchèrent leur cible.

BAOUMMM!!!


Jusqu'à l'entrepôt, on entendit ce son, comparable au tonnerre pour son intensité, et accompagné de tremblements dignes d'un séisme de magnitude huit sur l'échelle de Richter. Le fracas des monceaux de roches arrachées aux parois qui tombèrent résonna longtemps après, faisant trembler les murs. Comiquement, l'intensité diminuante du fracas évoquait les pas d'un colossal marcher s'éloignant pesamment du complexe.

Le niveau des dortoir avait été déserté puis condamné, dans le but de préparer une ligne de barrage impénétrable au premier sous-sol. Quand à la salle de commandement, on l'avait isolée du complexe en la barricadant derrière des herses de plusieurs centimètres d'épaisseur. Un passage doté d'un élévateur indépendant fonctionnant sur un circuit électrique annexe permettait de rejoindre la surface rapidement et non loin de l'entrée principale. Par milliers, des agents avaient pris position, certains aux commandes de tanks, d'autres à des tourelles d'armes lourdes, et les moins chanceux en première ligne avec leur fusil. Tous avaient une consigne : faire en sorte que personne ne sorte du complexe. Et ils avaient du répondant ! Personne ne pouvait survivre à un tel déluge de balles, missiles, charges explosives, grenades, impulsions énergétiques, etc. Il n'y avait qu'un moyen d'atteindre l'étage, et c'était en utilisant le conduit foré pour l'ascenseur. Aussi s'était-on disposé de manière à laisser un champs d'observation libre sur la zone de tir.

Lorsque Doom arriva à hauteur du sommet du conduit, les derniers lambeaux de sa cape avaient fini de brûler. Son jet-pack, loin d'avoir été épargné par les cabrioles exécutées à répétition, ne parvenait plus qu'à hisser laborieusement l'armure mètre après mètre en gémissant comme une vieillarde arthritique. D'abord agacé de perdre autant de temps dans un trajet sans la moindre embûche, le tyran s’aperçut que son bouclier avait été endommagé à sa traversée de l'explosion. Profitant de n'avoir rien de mieux à faire, l'ingénieur de talent parvint à dériver les circuits d'armements principaux sur le système du bouclier. Plus question de découper des poutres d'acier au laser désormais, toutefois, il venait de récupérer un écran de protection décent. L'autre point négatif de sa situation était qu'il ne disposait plus que d'un seul missile pectoral, les trois autres ayant servi à faire le ménage au troisième sous-sol. Physiquement, si l'on oubliait deux brûlures superficielles autour de son visage et un peu de fatigue, le Docteur Doom se trouvait tout à fait en bonne santé. Son moral, surtout, rivalisait de solidité avec l'adamantium.


* Schmidt ! Trouver Schmidt ! Le trouver, et le tuer ! Lentement, sans se presser. * Se répéta le leader de l'Alliance tandis que sa tête émergeait du conduit.

« Feuer Frie » Beugla alors une voix, aussitôt reprise par un millier d'autres.

Ne parlant pas allemand, l'ennemi des Quatre Fantastiques ne comprit que vaguement la signification de ce leitmotiv. Néanmoins, le ton de la réplique laissait très peu de place à une erreur d'interprétation. Les derniers vestiges d'incompréhensions furent balayés par le déluge de feu qui s'abattit sur le latvériste. Explosions, détonations et sifflements tonitruants se superposèrent en une cacophonie digne d'un orchestre d'opéra belligérant, avec en chœur les cris vindicatifs des tireurs invectivant leur cible humaine. Tout ce passa trop vite, et avant même que son cerveau n'ait pu analyser ce qui lui tombait dessus, le trentenaire en armure de combat se retrouva projeté contre la paroi du conduit opposée à l'ouverture aménagée pour la cage d'ascenseur. Son unique réaction avait été de replier les bras devant son visage. Sonné, maintenu en l'air par son jet-pack, le Docteur Doom redressa sa tête (qui était partie en arrière au moment de l'impact) et gémit. Ses bras le lançaient, une migraine aiguë lui vrillait le crâne, et il était presque certain de s'être mordu la langue.


* Urgh ! On dirait bien qu'un comité d'accueil m'attendait. Quel imbécile je fais ! J'aurai du m'en douter. C'était évident, pourtant. Il faut croire que je me fatigue de plus en plus vite. * Tâcha de raisonner avec légèreté l'évadé dépossédé de sa cape, en crachant le sang qui avait envahi sa bouche.

Toutefois, l'heure n'était pas à l'optimisme. Victor savait que sous peu, des éclaireurs viendraient voir dans quel état il se trouvait. Le bombardement reprendrait donc très bientôt, et une chose était sûre : son bouclier ne parviendrait jamais à tenir le choc. Avec son armement réduit, plus une blessure (une balle de gros calibre avait enfoncé le métal de son plastron à hauteur de la sixième côte gauche, laissant apparaître une chair sanguinolente au travers d'un trou de trois centimètres de diamètre), le tyran d'Europe de l'Est ne pouvait se jeter à corps perdu dans la bataille. S'il devait s'en sortir, ce serait en utilisant ses cellules grises. Au passage, il nota qu'il s'était complètement fourvoyé : les fusils ne tiraient pas des balles perforantes mais explosives, et la cadence des tirs indiquait des chargeurs d'une contenance bien supérieure à la moyenne.


* Voyons... Ils sont beaucoup plus nombreux que moi, armés jusqu'aux dents et je ne peux pas les contourner. Je possède encore une puissance de feu non négligeable, et un moyen de déplacement aérien lent. Qu'est-ce que je possède de plus qu'eux ? Qu'ai-je en ma possession qui pourrait me conférer un quelconque avantage ? L'énergie Eldritch, bien sûr. Mon bouclier. Un système de climatisation interne. Des réserves d'oxygène... *

Ne restait plus qu'à trouver de quelle manière combiner ces divers éléments pour obtenir un moyen efficace de quitter le complexe en vie. En vérité, il n'existait pas trente-six solutions. Seule un réglage pouvait théoriquement permettre au leader piégé de l'Alliance de ne pas mourir criblé de balles dans les deux prochaines minutes. Et comme son temps de réflexion venait de s'écouler, il opta pour cette périlleuse solution.

« Ordinateur, bascule toute l'alimentation des systèmes d'armes principaux et du bouclier vers les circuits de propulsion. » Ordonna l'ingénieur maléfique d'un ton qui n'admettait aucune réplique, en tâtant précautionneusement sa plaie ouverte.

Il allait devoir aller aussi vite que possible. Jaillir tel un démon de sa boîte, et filer ventre à terre pour dépasser la ligne Maginot déployée pour lui faire barrage. Dans le meilleur des scénarios, il atteindrait le monte-charge sans encombre. Au pire, un projectile parfaitement envoyé le stopperait en début de course, l'envoyant s'écraser au sol où on se chargerait de l'achever sans attendre. Le cas le plus probable donnait le prisonnier en vie, mais plus ou moins amoché par divers blessures récoltées au cours de sa traversée. Afin de ne pas se considérer comme déjà mort, le
desperados slave focalisa son esprit sur son objectif : trouver Crâne Rouge, et lui faire payer sa trahison le prix fort. Remonté à bloc, le génie criminel enfonça bras écartés à l'horizontal ses griffes dans la paroi rocheuse attenante, dos au mur, le corps tourné vers l'ouverture situé dix mètres plus haut. Les jambes repliées pour préparer sa détente, il cala ses bottes épaisses contre la surface rocailleuse, parodiant un plongeur déjà dans l'eau se préparant pour une nouvelle série de longueurs. Voulant maximiser l'effet de surprise, Doom se força à patienter, toues les fibres de son corps tendues, que des éclaireurs soient en vue. Ses propulseurs, réglés à la puissance maximale, s'enclencheraient à l'instant où il prononcerait la commande vocale adéquate.

Pendant un temps infini, on n'entendit plus que le bruissement d'armes que l'on rechargeait et le murmure indistinct de conversations éparses. Dans l'entrepôt, chacun se tenait sur ses gardes. Les canons longs des chars d'assauts pointaient le gouffre lacéré d'impacts de balles avec appréhension, imités par des tourelles sur pied et par les soldats retranchés dans leurs postes de surveillance. En première lignes, les conciliabules commençaient à se multiplier, sans que personne ne se décide à prendre la moindre initiative. Il fallut pousser dans le dos deux fantassins un peu plus excentrés de la formation défensive pour désigner des volontaires. Inquiets, les courageux émissaires progressèrent à une allure d'escargot vers le tunnel vertical, s'arrêtant tous les trois pas pour vérifier que le reste des troupes n'avait pas soudainement disparu sans rien dire. Craintivement, l'un des deux éclaireurs se hissa lentement sur la pointe des pieds, et s'efforça de distinguer un cadavre au milieu des cratères. Mais en apercevant la silhouette poussiéreuse agrippée à la roche qui le fixait, son visage s'allongea d'effroi. En descendant, la mâchoire inférieur du soldat donna à Doom le signal qu'il attendait, et deux sonorités très différentes brisèrent le silence étouffant.


« Er ist immer noch lebendig ! »

« Allumage! »

Trois millisecondes passèrent. Le rival éternel de Reed Richards détendit brusquement ses jambes, aidé en cela par son exosquelette mécanique. Le rugissement des moteurs grimpa dans les aigus et l'éclat jaune-orange du jet-pack réapparu dans le large tunnel. La force d'accélération écrasa le despote au masque de titane, conférant à son corps un poids égal au double de sa masse. Néanmoins, lancé à pleine allure, le leader de l'Alliance se trouvait déjà au plafond du gargantuesque hangar que Schmidt lui avait fait visiter en sens inverse lorsque l'avertissement de l'éclaireur provoqua une réaction au sein du barrage armé.

« Feuer Frie ! Noch ein mal, Feuer Frie ! »

Heureusement pour l'individu prit pour cible, il n'était déjà plus là. En se voyant foncer tout droit sur le plafond, Victor avait aligné ses bras avec son corps, prenant une position aussi rectiligne que possible, avant d'effectuer une descente légère pour rejoindre le monte-charge, cinq cent mètres droit devant. Autour de lui, les balles fusaient, les explosions se succédaient, s'approchant ou s'éloignant selon une logique erratique. Concentré sur le maintien de sa survie, le trentenaire fit de son mieux pour ne pas penser au chaos menaçant de se refermer sur lui, de l'engloutir pour ne plus jamais le laisser revoir la lumière du jour. Le conduit- du monte-charge devait avoir été scellé, comme toutes les issues. Mais ce détail importait peu. A l'aide de son dernier missile et de ses pouvoirs, le latvériste prit au piège comptait bien creuser lui-même sa porte de sortie. Tout ce qu'il avait à faire, c'était de se précipiter au plus vite dans le tunnel du monte-charge, et, une fois à l'abri des tirs, de s'acharner sur le verrou dissimulant l'entrée du complexe en surface. Le timing serait très serré, mais la stratégie avait de bonnes chances de fonctionner.

Rendu sourd à force de flirter avec les détonations, les explosions et les éboulis, le Baron de Métal dut se fier à son instinct pour exécuter lorsque cela s'avérait nécessaire tonneaux, loopings et vrilles, et ce dans des couloirs parfois dangereusement étroits. Il ne comptait plus le nombre de fois où une balle (heureusement de petite calibre) l'avait touché en rebondissant sur son armure. Sa jambe droite avait essuyé de plein fouet un tir de laser, et pendait à présent lamentablement, telle une quille de bateau. Loin d'être douloureuse, cette portion du corps semblait être complètement engourdie, ce qui n'était pas bon signe du tout. Hélas, la priorité n'était pas de conserver deux jambes valides, mais de s'échapper vivant du complexe tentaculaire d'HYDRA. Résigné à y laisser une jambe si c'était nécessaire, le souverain en mauvaise posture louvoya pour ne pas se retrouver immobilisé par des filets électrisés et parvint enfin à distinguer l'ouverture. Ses yeux avaient perdu beaucoup de leur superbe, et dégoulinaient de larmes à cause du frottement de l'air. Comme à travers une nappe de brouillard, le survivant latvériste crut reconnaître la voiturette dans laquelle on l'avait fait monter à son arrivée (une éternité s'était écoulée depuis). Dans un dernier effort pour se mettre hors de danger, il s'inclina vers le sol, se préparant à remonter en piqué vers la surface. Mais le Destin en décida autrement.

Le jet-pack n'avait pas été conçu pour les déplacement à très grande vitesse. Soumis à un surrégime prolongé, le système de propulsion s'était transformé en bombe à retardement, n'attendant que l'accélération de trop pour exploser, ce qu'il fit alors que Doom se trouvait à quarante mètres du monte-charge. L'événement inattendu le prit de court, et c'est avec stupéfaction que le trentenaire manipulé se fracassa contre le sol, après avoir effectué une triple vrille imparfaite. Son humérus gauche céda en craquant bruyamment, et Victor hurla de douleur pour de bon. Face contre terre, il aurait souhaité pouvoir laisser la douleur le submerger pour enfin s'évanouir et couper tout contact avec la réalité. Puis des aboiements nazis beuglés lui parvinrent, et tout lui revint en mémoire. On l'attendait. Quelque-part, bien à l'abri, la pire crapule de l'Histoire se trouvait enfoncée dans un fauteuil du plus mauvais goût, à fumer une cigarette en savourant son triomphe.


« Mais en lieu et place de triomphe, ce sont des funérailles que ce foutu cadavre d'une autre époque récoltera! » Jura l'ancien collaborateur de Crâne Rouge en trouvant la force de se relever.

Son dos devait être couvert de brûlures, sa jambe droite pendait, inutile, l'obligeant à faire porter tout son poids sur la gauche. En s'équilibrant de son seul bras valide, le latvériste se traîna en grimaçant jusqu'au monte-charge. En désespoir de cause, il tenta d'activer la mise en marche de l'élévateur, qui demeura silencieuse. Frustré, il écrasa la console de commande avec son avant-bras fonctionnel, et jeta un coup d’œil par-dessus son épaule. Au loin, la déferlante d'une marée humaine décidée à faire du complexe son tombeau progressait en grondant vers lui, les tanks ajustant d'ors-et-déjà leur visée sur la cible isolée.


* Vous ne perdez rien pour atteindre, immondes bâtards ! Remerciez le ciel que je ne sois pas en état de m'occuper de vous. * Jura le tyran en sentant ses forces le quitter.

Incapable de faire mieux dans son état, il entreprit d'escalader à la force de ses griffes le conduit, progressant horriblement lentement. Les premiers missiles pulvérisèrent l'élévateur tandis qu'il commençait à peine à dépasser la hauteur de ce dernier. Mais Doom ne comptait pas semer ses poursuivants. Son unique préoccupation était d'avoir atteint une hauteur où le conduit était entièrement sphérique, et où l'ouverture donnant sur l'entrepôt n'était plus visible. Ce qui restait loin d'être facile, au vue de l'armada qui s'efforçait de le farcir de plomb et de sa faiblesse physique. Pour compenser, l'adversaire de prédilection de Richards redirigea ce qui lui restait d'énergie à disposition (à peine quarante pour cent du total initial) dans son exosquelette. Ainsi aidé, il put accélérer son ascension et rattraper son retard. Cependant, la horde de ses assaillants le talonnait, gagnant pour chaque mètre qu'il gravissait des dizaines de mètres. Le souffle court, déshydraté au possible, les muscles en feu, il enfonça une dernière fois ses griffes et tira sur son bras en mugissant comme un bœuf. Il ne prit que le temps d'assurer sa prise en calant ses pieds sur des éperons rocheux, avant d'ordonner d'une voix faible:


« Ordinateur, transfert toute l'énergie vers les systèmes d'armement principaux. » Aussitôt, son corps et son armure imposèrent leur poids véritable au grimpeur inexpérimenté.

L'espace de plusieurs secondes en équilibre au-dessus du vide, il crut qu'il allait se faire emporter par sa charge, et tomber. Cependant, au prix de souffrances extrêmes, le trentenaire ramena son centre de gravité contre le paroi. En déplaçant son avant-bras gauche doucement, il visa la surface rocheuse qui, quelques mètres plus bas, avait été creusée pour aménager un vaste espace de stockage. Inspirant à fond pour se donner du courage, le tyran mit à mal ferma le poing, envoyant un laser entailler la roche en contrebas. Sans relâcher ses phalanges, il décala le rayon horizontalement, traçant sur toute la largeur du conduit un sillon profond de cinquante centimètres. L'opération l'obligea à bouger son bras cassé, et seule sa volonté de fer l'empêcha de dévier de sa trajectoire. Des élancement de plus en plus désagréables remontaient vers son épaules, et l'adrénaline ne parvenait plus à faire totalement taire la douleur des nombreuses blessures du Baron de Métal. Rageur, ce dernier se mit à tirer au hasard sur les murs du conduit, affaiblissant la roche petit à petit. Lorsqu'il vit les premiers morceaux se détacher, Doom saisit sa chance, et envoya son dernier missile achever de provoquer un éboulis massif. Un relief des plus accidenté venait de s'abattre entre lui et les hommes de Schmidt.


* Voilà de quoi gagner du temps. Et maintenant... Grimpons! *

Annulant sa dernière commande, le latvériste put reprendre son ascension, remontant vers la surface telle une araignée métallique grièvement blessée. Deux ou trois fois, il manqua de faire une chute mortelle en perdant connaissance. Par chance, ses griffes, profondément enfoncées, le retenaient. Et lorsqu'il se réveillait, s'était en général à cause de la douleur infernale subie par son épaule qui lui vrillait le crâne telle un tisonnier chauffé à blanc voulant percer sa voûte crânienne.

Victor perdit toute notion de temps. Il s'évanouissait de plus en plus souvent, et savait que si il ne recevait pas des soins en urgence, la perte de sang et les traumatismes osseux le tueraient. Tant pis pour la raclure nazie ! Ses priorités venaient d'être redéfinies, notamment à cause des nombreuses difficultés avec lesquelles il avait eu à composer. Pourtant, et comme souvent dans les situations où l'on agissait pour sa survie, en dépit de ses fractures et blessures, le génie criminel escalada le conduit sans fin, ne cessant de se répéter qu'il allait bientôt se retrouver dehors, à porté de télécommunication. Son unique tâche consisterait à appeler le château de l'Alliance, et dans les deux heures, une équipe de spécialistes le tirerait du désert. Mais aurait-il plus de deux heures d'espérance de vie en sortant du complexe ?


* Bientôt... Bientôt...La sortie. Doit trouver...La sortie. Se motiva Doom, puisqu'il ne voulait plus gaspiller d'énergie pour parler. Sa langue desséchée, au lieu de se racornir, occupait à présent trois fois son volume habituelle. De l'air ! De l'air frais! *

Et c'était vrai. Grâce à l'éclairage tamisé encore fonctionnel, ascensionniste put distinguer les deux panneaux massifs entre lesquels filtrait un très mince filet d'air. Entre l'Invincible, le Suprême Docteur Doom, ne se tenait plus qu'une vulgaire feuille. Une feuille formée de deux panneaux d'acier inoxydable de trente-sept centimètres d'épaisseur, mais une feuille quand même. Tendant son bras gauche comme s'il eut été valide, le despote tyrannique déchaîna la fureur d'éclairs Eldritch comme jamais, hurlant tel un possédé à mesure que les faisceaux lumineux se déversaient de son corps pour aller percuter l'acier. Les portes allaient s'ouvrir. Il fallait qu'elles s'ouvrent !

BAOUMMM!!!


Il fait jour, en Australie. Le Soleil brille haut dans le ciel d'azur. En altitude, un couple d'oiseaux trace dans les cieux un large cercle, n'étant que deux points mobiles pour les observateurs terrestres. Le vent sec et brûlant charrie son content de sable fin, tourbillonnant comme si il essayait d'aveugler les rares individus assez fous pour braver le bush. A genou, vomissant en saccades, une silhouette reflétant durement la lumière diurne tente tant bien que mal de reprendre son souffle. Yeux clos, le pauvre hère crache alternativement bile et sang. Son état pourrait faire penser qu'il a traversé l'Enfer. Non loin de lui, un cratère béante globalement carré baille, bouche noire prête à engloutir voracement tout âme trop aventureuse pour se risquer en son sein. Dans le lointain, de hautes montagnes orangées s'élèvent, dominant la région de leur imposante stature, tandis que, ça et là, des falaises semblent attendre qu'un promeneur étourdi tombe dans leur piège.

Le Docteur Doom savoura pour la première fois depuis longtemps la climatisation intégrée de son armure, ainsi que le système de survie en autarcie lui octroyant de l'oxygène fraîche en quantités. Après s'être extirpé du conduit, il avait fermé ses yeux, n'ayant même plus assez de force pour maintenir ses paupières ouvertes. A tâtons, le Baron de Métal avait délimité une zone où s'affaler. Son organisme, saturé d'acide lactique suite à ses trop violents efforts prolongés, n'était que douleur. Les nausées vinrent pour confirmer le diagnostique, puis les sueurs froides et le mal de crâne. En plusieurs endroits, le gentil et supportable contrecoup des lactiques se trouvait supplanté par des souffrances bien plus tenaces et agressives. Mais l'essentiel était là : Victor von Doom avait survécu au traquenard de Schmidt ! Désireux d'admirer la beauté simple du monde, le rescapé se força à ouvrir grand ses yeux. L'intensité lumineuse du jour l'éblouit aussitôt, avant de s'atténuer graduellement. Ce n'est qu'à ce moment, au sommet de son allégresse, qu'il le vit...
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Les masques tombent (part II) [Crâne Rouge]

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