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 Du sang, des tripes et un fantôme

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Giovanni Vidal

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MessageSujet: Re: Du sang, des tripes et un fantôme   Dim 9 Oct - 21:13

Un léger moment de flottement s'était installé après la question de Vidal. Le temps fut durant un léger instant comme figé. Et l'esprit de la scientifique parut parcourir les méandres d'un passé ou plutôt arpenter le sentier sinueux de la réflexion, en quête de réponses à formuler.


Giovanni profita de cette minute vouée à l'introspection pour observer de long en large de manière aussi discrète qu'il le pût, bien que ce fut désuet car les iris verdoyantes d'Hellena étaient plantées dans les siennes et savaient donc où se perdait l'attention du détective, la silhouette de sa coéquipière. S'il eût été bourré, il en était sûr, il aurait cru à une hallucination d'un cerveau embrumé par les méfaits de l'excès de boissons, car il peinait à assimiler le physique de la spécialiste du comportement animalier à "Hellena Roughney", seul le nom de "Anison Walker" lui venait en tête. Une telle ressemblance l'aurait poussé, s'ils s'étaient croisés aléatoirement dans la rue, à hurler le nom "Anison" en espérant y trouver réponse, et à aller à sa rencontre. Mais les circonstances étaient autres, et surtout, Hellena lui avait avoué être la nièce de la concernée. Ce n'était pas qu'il ne la croyait pas, non, mais comme la majorité des gradés de l'armée, il travaillait à l'instinct. Les faits concrets, tel l'âge que devrait avoir Anison n'était pas du tout correspondant avec le physique actuel de l'étudiante, ou bien qu'une si longue disparition devait s'apparenter à une fuite et que les probabilités que Anison Walker soit toujours sur le sol américain étaient faibles, poussaient tout esprit logique humain à se dire qu'Hellena disait vrai.
Mais, le ressenti intérieur de Giovanni n'allait pas en ce sens, même s'il manquait de preuves... il ne saurait comment expliquer, mais il avait la sensation que ce même timbre de voix, ces mêmes yeux dans lesquels il avait aimé se perdre pendant que sa soif de connaissance était rassasiée par les dires savants de la jeune femme d'époque étaient ceux d'Anison Walker, et non d'Hellena Roughney...


« Je connais quelqu’un qui a oublié de lire les conclusions de mon rapport sur la mort des Copper. J’y avais déjà évoqué l’hypothèse d’un duo homme-animal… qui me semble plus plausible que votre méga-cannibale, avec tout le respect que j’ai pour vous. »

Soudainement, les iris marrons du détective se ranimèrent, auparavant flottant dans son cerveau, complètement perdues, distraites, n'ayant écouté qu'à demi ce qu'avait dit quelques secondes plus tôt sa partenaire. Puis, une légère gêne s'installa sur l'expression faciale de Giovanni, ayant étant tant perdu dans le cours de ses pensées qu'il n'avait pas écouté la réponse d'Hellena, et surtout, se rendant compte qu'il était vrai qu'un immense dossier l'attendait depuis voilà une semaine sur son bureau avec la notion "Important" imprimée dessus...

Toussotant avec faux-semblant comme pour se débarrasser de ce sentiment honteux, le détective raccourcit encore de quelques pas la distance les séparant et se posa à côté de sa coéquipière tandis qu'elle mettait en avant d'autres arguments qui étayaient la thèse du duo animalier.


« Pour en revenir à Black Vein, plusieurs éléments me font penser à un reptile de grande envergure…

Là encore, après cette phrase, le silence se fit. Non pas parce que Giovanni faisait l'erreur de se reperdre dans une intense réflexion qui n'avait rien à voir avec leur cas, mais parce qu'il faisait des efforts surhumains pour réprimer cette envie de rire qu'il avait.

Finalement, pensant qu'il serait assez malpoli de rester dans ce mutisme crispé alors qu'Hellena lui avait apporté de nouveaux éléments à son enquête, il se décida à s'accouder sur la balustrade et à observer d'un regard sérieux, solennel la jeune femme.


"Dans ce cas... Nous avons désormais affaire à un cas d'une série d'homicides perpétrés par un duo psychopathe d'homo sapiens et de reptile... Hm... Je parierai sur Crocodile-Dundee et Walligator, puisqu'Indiana Jones n'est pas fan des serpents et autres bêbêtes du genre... "

Un mince sourire du style pince-sans-rire se dessina peu à peu sur le visage du détective qui avait bien conscience de la proportion stupide de sa blague, mais qui ne pouvait faire autrement pour encaisser une telle conclusion.

Une gifle serait justifiée, mais laissez-moi d'abord clarifier le tout... Vous pensez donc qu'un individu, dérangé comme tout, aurait élevé dans sa maison un crocodile, alligator, caïman ou autre bestiole à dents puissante, incognito de tous, puis aurait pris son pied à faire pénétrer son animal après l'avoir fait crever de faim, histoire que le massacre soit bien gore, dans une maison familiale ?... Certes, cela éluciderait le cas du système d'alarme mais... pour faire ça, dit-il en désignant les intestins de Madame, il lui aurait fallu doper sa bête aux testostérones et... et mince on achète pas un alligator comme un achète un hamster ! Un type de ce genre aurait forcément dû attirer l'attention des forces de l'ordre ou ne serait-ce que de la protection des animaux d'une quelconque manière...

Fronçant les sourcils et prenant cet air de béatitude qui lui avait valu une réputation d'andouille à l'école, Giovanni inspira et fixa à nouveau avec intensité les iris vertes d'Hellena.

Ecoutez, mademoiselle Roughney, je ne remets pas du tout en cause vos compétences, loin de moi cette idée mais... je ne sais pas, je doute que... pour moi c'est trop gros comme thèse. Mais puisque c'est la seule piste que nous avons, je la prends en compte, je lirai votre rapport et nous nous baserons là-dessus à moins que de nouveaux éléments entrent en compte dans notre affaire commune... Mais je demeure sceptique...

Se décollant de la balustrade, il resta un moment à observer le fin visage de la scientifique, prêt à en recevoir de toutes les couleurs pour son culot à toute épreuve... hélas, il allait falloir s'y habituer, si la demoiselle allait travailler encore avec lui sur le cas de "The Black Vein"...
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Kelly A. Rotten

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MessageSujet: Re: Du sang, des tripes et un fantôme   Sam 15 Oct - 18:17

Le Pr. Roughney ne cilla pas, encaissant sans broncher les diverses critiques de son collaborateur. Tout juste laissa-t-elle poindre un léger froncement de sourcil à la mention de crocodile-Dundee, dont elle ne saisissait pas la référence. Sans doute un quelconque héros de navet familial, à l’image de cet insipide Indiana Jones (elle s’était un jour laissée traîner dans un cinéma pour le découvrir, mais avait plus ri de l’accent surfait des nazis d’opérette que des pitreries de l’aventurier qui déjouait leurs plans diaboliques). Son cher protégé n’avait décidément pas évolué d’un poil depuis l’adolescence… même dans ses références au ras-des-pâquerettes. Ça avait quelque chose d’exaspérant, à bien y penser, quand bien même ces comparaisons fallacieuses n’altéraient pas sa capacité de jugement.

« Quand vous aurez fini de vous braquer sur l’idée qu’on ne peut pas acquérir ou entretenir une étrange ménagerie sans alerter les autorités (et je crois que c’est là sous-estimer la ténacité des vrais collectionneurs), vous écouterez peut-être les arguments qui parlent en ma faveur. Je me base dans un premier temps sur l’examen médico-légal que m’ont transmis vos collègues, qui atteste l’absence de poil sur les lieux de crime (sauf présence d’animaux de compagnie chez les victimes). Un mammifère en aurait nécessairement perdu dans l’affrontement, à moins d’avoir été intégralement rasé au préalable. Cela me paraît difficile… envisageable, mais difficile d’entretien et frustrant au niveau esthétique. »

Or les amateurs de prédateurs exotiques sont quasiment tous des esthètes, attirés par la sauvagerie et le prestige de ces créatures de cauchemar. Les mutiler d’une quelconque façon friserait l’hérésie – elle le sait car en posséder ne lui aurait pas déplu si elle en avait eu les moyens. Dommage que la pauvreté soit le prix de sa liberté.

« Un reptile bien entretenu, par contre, reprit-elle, perd beaucoup plus difficilement ses écailles. Cela expliquerait qu’on en ait pas retrouvé. Je me permets d’exclure l’ordre aviaire en l’absence de plumes, et les poissons et amphibiens en l’absence de… pour des raisons évidentes, en fait. Il reste bien sûr les invertébrés, mais aucun individu n’a jamais atteint la taille pour causer le dixième des dégâts de Black Vein. »

Le jugement paraissait raisonnable, mais il masquait négligemment un détail fatal : plus qu’un grand reptile, Nummer Sechs s’apparentait à un super-insecte de plus de deux mètres. Encore fallait-il être assez fou pour émettre pareille hypothèse ! ce qu’elle n’aurait jamais admis si elle ne l’avait pas étudié de ses propres yeux. On ne pouvait décemment pas lui en vouloir d’écarter trop vite cette possibilité, pourtant bien plus concordante.

« Cela ne nous laisse plus que les reptiles, mais pas de type crocodilien s’il-vous-plaît : ils n’ont pas la souplesse pour se battre dans des lieux aussi exigus. Un serpent si, mais les blessures m’ont l’air d’être l’œuvre de griffes plutôt que de crocs. Un varan correspondrait mieux au profil physiologique, même s’ils préfèrent généralement les charognes aux proies vivaces. Un spécimen particulièrement grand et agressif pourrait cependant entrer dans notre liste de suspects. »

Emballé, c’est pesé : elle avait désormais doté ses élucubrations reptiliennes d’un semblant de scientificité, qui devrait au moins le faire hésiter un moment. Et puis après des mois d’embourbement, un début de piste (même fumeux) restait une opportunité trop tentante pour qu’il la refuse tout net. Il allait bien finir par creuser, oui, même à contrecœur, même pour perdre son temps, juste par acquis de conscience et pour remonter le moral des troupes. Le temps qu’il découvre le pot-aux-roses, elle espérait avoir trouvé son vieil ami depuis des lustres.

« Si mon hypothèse s’avère juste, dit-elle plus haut pour que les autres personnes présentes l’entendent, il est clair que votre homme n’a sans doute pas d’autorisation pour cet animal précis mais il en a peut-être pour d’autres. Si j’étais vous je chercherais en priorité dans les reptilariums privés, puis chez les grands collectionneurs et les excentriques de tout poil. Votre homme est peut-être un propriétaire ou un soigneur, une fois que vous aurez trouvé l’animal ce sera votre boulot de le déterminer. De même que la raison pour lui faire prendre goût à la chair humaine… vengeance personnelle, plaisir sadique, délire ritualiste des Adorateurs du Grand Lézard Mangeur d’Homme ? Allez savoir. Comme je vous l’ai dit, je ne suis pas formée aux spécificités de la prédation humaine. »
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Giovanni Vidal

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MessageSujet: Re: Du sang, des tripes et un fantôme   Sam 22 Oct - 11:42

Hellena Roughney. Professionnelle de la justification de thèses qui semblent improbables pour le cerveau humain. A une fulgurante vitesse, la scientifique lui avait prouvé par A + B que l'hypothèse du duo était plus que concevable, voire était la seule piste valable qu'ils eussent trouvé depuis tous ces mois de recherche. Elle avait parlé dans un jargon animalier pas trop complexe pour permettre une bonne compréhension, mais avait présenté ses arguments sous une forme irréfutables, sous forme scientifique, qui laissèrent Vidal totalement pantois.

De plus, elle avait carrément rétréci le champ de recherche de la police, astreignant le prédateur à une seule espèce : les reptiles, et pas n'importe lesquels. Pas de l'ordre des crocodiles, ni des serpents. Alors, il restait, et bien, les varans comme elle l'avait si bien dit. Giovanni ignorait bien entendu à quoi ressemblait un varan, mais savait que cette espèce se rapportait à des dragons, dans certaine culture (merci les chaînes éducatives pour les enfants). Mais c'était une espèce fort exotique, il lui semblait... et Hellena avait précisé que le profil psychologique ne correspondait pas tout à fait, les varans préférant se nourrir comme des charognards, plutôt que des prédateurs... Si un varan était bien derrière tous ces massacres, le type qui l'apprivoisait devait être le fêlés le plus taré qu Giovanni sera amené à rencontrer, et pourtant, il en avait vu, des fêlés.

Croisant les bras, éperdant son regard dans celui d'Hellena, il mordit sa lèvre inférieure, réfléchissant bien les endroits où chercher afin de trouver leur bonhomme. Beaucoup d'hypothèses s'offrirent à lui, et la jeune femm lui fit le plaisir de les lister d'elle-même, à voix haute, de manière que tous les gars de la criminelle, et des policiers dépêchés sur place, puissent l'entendre.


« Si mon hypothèse s’avère juste, il est clair que votre homme n’a sans doute pas d’autorisation pour cet animal précis mais il en a peut-être pour d’autres. Si j’étais vous je chercherais en priorité dans les reptilariums privés, puis chez les grands collectionneurs et les excentriques de tout poil. Votre homme est peut-être un propriétaire ou un soigneur, une fois que vous aurez trouvé l’animal ce sera votre boulot de le déterminer. De même que la raison pour lui faire prendre goût à la chair humaine… vengeance personnelle, plaisir sadique, délire ritualiste des Adorateurs du Grand Lézard Mangeur d’Homme ? Allez savoir. Comme je vous l’ai dit, je ne suis pas formée aux spécificités de la prédation humaine. »


Des rides quelque peu inquiètes se creusèrent sur les traits des personnes présentes qui cessèrent momentanément toute activité pour se retourner vers Hellena, peu rassurées de savoir que probablement de tels tarés sévissaient libres, dans la nature, et que personne n'était à l'abri. Giovanni quant à lui n'était pas touché par ce malaise, ou cette crainte, étant persuadé qu'ils finiraient bien rapidement par coincer ce taré, et qu'ils avaient là déjà de quoi bien s'avancer dans l'affaire, que tout n'était qu'une question de temps. Aussi, il se permit d'afficher un sourire courtois, de sortir un calepin et un style, faisant le résumé global de toute l'enquête.

"Ainsi, le suspect possible doit sûrement être une personne exerçant une profession se rapportant aux animaux, ou un passionné qui les connaît bien, et qui sait comment s'y prendre avec, puisque je suppose que d'éduquer un... euh... un varan, doit être presque aussi dur que d'éduquer des gosses. Nous avons donc plusieurs registres où chercher, cabinets de vétérinaire, les métiers du zoo, les collectionneurs et proprios de bêbêtes, les chasseurs, les voyageurs dans des pays exotiques, les anciens, ou actuels, contrebandiers, les biologistes et autres scientifiques de la faune... on peut élargir jusqu'aux personnes déviantes, les membres de sectes admirant la suprématie animalière sur celle humaine, les zoophiles, qui sait... Enfin bref, mes gars et moi, on a de quoi passer des nuits blanches aussi. Je saluerai vos heures de sommeil si vous saluez les miennes... Merci pour votre aide, Mademoiselle Roughney."
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Kelly A. Rotten

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MessageSujet: Re: Du sang, des tripes et un fantôme   Mar 1 Nov - 21:35

Pour la première fois depuis le début de leur conversation, le détective Vidal avait l’air perdu. Les lèvres pincées et les bras en croix, il la dévisageait d’un air interdit, comme s’il cherchait à mettre le doigt sur une contradiction qu’il ne trouvait pas… du moins le crut-elle, dans la grande idée qu’elle se faisait de vivacité d’esprit de son ancien disciple. Il y avait encore en elle cette petite tension de fin de discours, la même qui poursuivait les étudiants et futurs chercheurs à la sortie de leur premier séminaire : la découverte en décalage des réactions d’un public lambda – crédule, comme on pouvait s’y attendre – et de celle du véritable examinateur. Son cœur rata un battement quand elle vit un sourire se dessiner sur les lèvres de l’enquêteur, sans pouvoir déterminer s’il s’agissait d’un bon ou d’un mauvais signe.

Le suspens, pourtant, tourna court dès lors qu’il dévoila un calepin pour répertorier les éléments de la nouvelle piste à explorer. Rien, pas une once d’hésitation dans la voix : Gio avait définitivement gobé sa diversion. Le sourire devint alors contagieux, et elle eut un petit rire sans joie à la mention de leurs heures de sommeil respectives. Les voilà désormais unis dans une obsession commune pour un monstre de cauchemar, qui mangeraient leurs jours et leurs nuits. Heureusement, elle avait un tour d’avance sur lui et comptait bien le mettre à profit pour le forcer à explorer des impasses et encore des impasses.

« Je ne fais que mon devoir, M. Vidal, s’inclina-t-elle cordialement, non sans un brin de fausse humilité. C’est toujours un plaisir de sacrifier mes rêves à la science et ma science à la loi. Bonne chance, Détective – qui sait ? nos songes se croiseront peut-être au paradis des cernes négligés. »

Elle voulut partir sur ces mots, descendant déjà précautionneusement les premières marches de l’escalier, quand une douce ironie lui traversa l’esprit. Oserait-elle la partager ? L’idée seule réussit à élargir un peu plus son sourire, mais c’est pour désamorcer un soupçon peut-être naissant qu’elle interrompit sa sortie pour une ultime réplique sous forme de coup de théâtre :

« Mais j’y pense, lança-t-elle d’une volte-face, je peux sans doute vous rendre quelques minutes des heures de repos dont je viens de vous priver : je vous ferai parvenir d’ici peu mon emploi du temps des six derniers mois – car je suis moi aussi suspecte, je me trompe ? Après tout, je suis même revenue sur les lieux du crime… »

Un clin d’œil ponctua la boutade, puis elle repartit appeler un taxi. Sa présence n’était plus nécessaire, et la brigade avait désormais plus d’un os à ronger… Au seuil de la demeure, pourtant, elle s’attarda plus qu’attendu et baissa légèrement la tête pour humer le col de sa robe : déjà il portait un parfum familier, comme l’avant-goût de ses retrouvailles.
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Giovanni Vidal

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MessageSujet: Re: Du sang, des tripes et un fantôme   Jeu 26 Jan - 21:06

Un rictus amusé déforma légèrement les traits du détective lorsque Hellena aborda la thématique des cernes négligés, lui rappelant un certain sens de la répartie qu'il avait longtemps admiré, étant plus jeune... Une fois la tirade faite, son regard ténébreux croisa un furtif instant celui plus rayonnant de vivacité de la scientifique qui tourna les talons, et s'apprêta à partir. L'observant descendre les marches d'escalier (avec précaution, car se ramasser une fois avec les talons devait être suffisamment gênant), le détective ferma son calepin d'un mouvement sec et le rangea dans la poche intérieure de son blouson, devant se retenir un soupire nostalgique.

Anison Walker. Ce nom monopolisait la quasi-totalité de ses pensées depuis qu'il avait posé ses iris sur l'expression faciale de la jeune femme dont il avait préalablement donné le surnom de "fouine"... Le lien de sang avait beau avoir été établi, il demeurait quelque chose qui contredisait les dires de l'universitaire : son instinct. Vidal n'avait strictement aucune idée précise de ce que c'était, mais au fond de lui, il avait bel et bien l'impression que la personne avec qui il s'était entretenu pendant plus de quarante minutes n'était pas la nièce de son mentor. Bien entendu, il ne s'imaginait rien... Anison devait être quelque part, ailleurs, dans le monde, en train de se dorer la pilule parmi des indigènes et des populations dangereuses, pour le côté "risqué" qu'elle avait toujours adoré... ou ... qui sait, peut-être morte. Mais des fois il y avait cette espèce de petite voix dans notre tête qui nous empêchait d'arriver à certaines conclusions même lorsque les preuves formelles étaient plutôt contradictoires... Et la petite voix dans la tête de Giovanni résonnait comme celle du philosophe Najib Ben Seffaj....

"L'instinct est l'intelligence du subconscient."

Cette petite citation renforçant son envie de soupire, lui faisant rappeler les nombreuses discussions philosophiques qu'il pouvait tenir avec Anison il y avait de cela tant d'années, Giovanni esquissa discrètement un léger râlement seulement audible pour les gars du labo présents pour le prélèvement d'échantillons sur la scène du crime qui récoltaient les bouts des Hajiki au sol, devant les pompes de Vidal... qui leur porta un regard dédaigneux sans réelle raison, si ce n'était qu'ils se trouvaient proches de lui quand il avait soudainement un coup d'humeur maussade.

Mais un coup de théâtre assez inespéré vint heureusement supprimer ce soudain ressenti qui s'était établi dans l'encéphale du policier. Et ce revirement de situation se manifesta sous un volte-face furtif, et une proposition qui attira quelques regards intéressés...



« Mais j’y pense, je peux sans doute vous rendre quelques minutes des heures de repos dont je viens de vous priver : je vous ferai parvenir d’ici peu mon emploi du temps des six derniers mois – car je suis moi aussi suspecte, je me trompe ? Après tout, je suis même revenue sur les lieux du crime… »

Un écarquillement des yeux à peine remarquable servit de première réponse à l'universitaire qui n'hésita pas à glisser un rapide clin d'oeil, amusé et amusant, qui sut plus ou moins déboussolé l'esprit mâle de Giovanni... Après tout, dans sa tête, les fouines étaient égales à :
Soit, des asociales, soit des fêlées ou soit des personnes dont l'intelligence extrême conférait forcément un comportement de balai dans le cul... Aussi, se voir proposer ce qu'il interpréta comme un... rencard par une universitaire remit en cause les fondements mêmes de la conception des esprits scientifiques de Giovanni... qui réagit, dans un second temps par un sourire grivois.


"Faites gaffe, en tant que représentant des forces de l'ordre, je suis en droit de vous passer les menottes si vous êtes suspecte..."

Cette réponse fut plutôt un moyen de renvoyer l'ascenseur à Hellena qui se hâtait déjà dehors, ne laissant voir sa silhouette que de dos, plutôt qu'autre chose, même si le flic avait répondu du tac-au-tac, et ne s'était guère embêté à réfléchir avant de rétorquer...

Vive l'instinct, pu-t-on presque l'entendre penser lorsqu'il croisa les regards quelques peu "trop" amusés de ses collègues. Un bref toussotement se fit afin de rompre la gêne qui s'était faiblement installée, et un dernier regard se porta sur la silhouette élancée qui prenait actuellement place dans un taxi... Et un dernier sourire se fit.

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