|
| | Du sang, des tripes et un fantôme | |
| |
| Auteur | Message |
|---|
Kelly A. Rotten

Messages: 514 Date d'inscription: 13/06/2011 Points RP: 22
 | Sujet: Du sang, des tripes et un fantôme Lun 25 Juil - 18:37 | |
| La fréquence des forfaits de la Veine Noire prenait parfois des allures de menstruation : tous ceux qui étaient mêlés de près ou de loin à l’enquête savaient que le sang n’allait pas tarder à couler, mais ils ne pouvaient deviner ni où ni quand cela allait se produire. Puis, un beau matin, le téléphone sonnait et leur estomac se contractait. Ils renonçaient sagement à leur repas matinal et se préparaient psychologiquement à affronter une horrible journée, avec son lot de macabres découvertes. Quel représentant de l’ordre, aussi endurci soit-il, pouvait soutenir le spectacle de ce cannibalisme sauvage et gratuit sans éprouver le début d’un frisson ?
Il n’y avait pas de mot pour décrire l’horreur de ces massacres : c’était un animal sauvage qui s’introduisait dans un foyer sans histoire pour en dévorer tous les occupants. Le pire était sans doute que l’enquête piétinait depuis l’automne, faute d’éléments exploitables pour désigner un suspect, humain ou animal. C’était pourquoi la police de New York avait appelé le professeur Roughney, grande spécialiste du comportement prédatorial sur la Côte Est, pour combler leur carence en criminologie animale. La scientifique préférait parler de sociobiologie de la prédation, et on voulait bien le lui accorder pour apaiser son air suffisant d’universitaire qui savait tout mieux que tout le monde.
Sa démarche, ce matin-là, alors qu’elle descendait du taxi, était un peu particulière. Une sorte de déséquilibre au niveau des épaules trouvait son origine à la plante des pieds – ou plutôt en-dessous. Une talonnette rehaussait sa jambe droite de quelques centimètres, tandis que son soulier gauche ne comportait qu’une simple semelle. Un œil attentif (et assez audacieux pour se positionner au ras-du-sol) pouvait noter qu’il y avait bien eu une talonnette à cet endroit, mais qu’elle s’était désolidarisée du reste de la chaussure pour une raison inconnue.
Elle salua de la main quelques agents qu’elle avait déjà eu l’occasion de croiser sur d’autres lieux de carnage, puis elle avança droit devant elle pour pénétrer dans la maison. Un intérieur coquet, comme il les aimait, avec une certaine propension à l’étalage de richesse. Madame avait un beau manteau, pendu près de l’entrée, ainsi qu’un sac d’une grande marque. Quelques portraits d’enfants dodus pendaient au mur, à côté de quelques sculptures asiatiques. Elle oublierait presque qu’elle entrait dans un mausolée si des marques à la craie n’entourait pas une forme incongrue en bas des marches. Alors qu’elle s’en approchait, elle reconnut ce qui semblait avoir été une vésicule biliaire. Elle n’eut qu’à lever les yeux pour en découvrir l’ancien propriétaire, empalé sur le poteau de la rampe d’escalier. S’il avait jamais eu un problème de poids, c’était désormais de l’histoire ancienne.
[Vidal, es-tu là ?] |
|  | | Giovanni Vidal

Messages: 49 Date d'inscription: 22/07/2011 Points RP: 58
 | Sujet: Re: Du sang, des tripes et un fantôme Lun 25 Juil - 23:04 | |
| [Yes, Ma'am !]
Sa matinée aurait pu être des plus banales, vraiment. Se lever, s’habiller, s’enfiler vite un café accompagné d’un pain au chocolat et d’un croissant, partir au poste de police, rejoindre son bureau, sortir les dossiers en cours, étudier les éléments mis à disposition, s’occuper de quelque paperasse adjacente, et qui sait peut-être retourner sur les lieux d’une ancienne scène de crime afin de tenter de trouver le détail ayant échappé à tous, cela aurait pu être l’action palpitante de la journée… Mais non. Il fallut qu’on l’appelât alors qu’il se servait son café pour un nouveau meurtre. Enfin, DES nouveaux meurtres. Toute une famille cette fois-ci…
Immédiatement, il avait noté l’adresse que son collègue lui avait indiquée, avait jeté son café dans l’évier, et était parti direction un quartier fort chiqué de NY, plein d’habitations de riches. Chose qui ne manqua pas de surprendre légèrement le policier… quelle genre de créatures pouvait sélectionner ainsi son manger ? Qui, ou plutôt quoi, pourrait s’en prendre à un foyer alors que des milliers de malheureux aussi appétissants étaient bien mieux exposés dans les rues, et donc plus faciles à avoir… car, selon la profondeur des griffures rapportées sur les corps, la taille de l’animal, si c’en était un, était assez conséquente, et chasser dans un espace clos et sur un terrain irrégulier telle une maison pourrait être désavantageux pour un gros prédateur. A moins que son habileté soit telle que cela ne le handicapait pas vraiment… Et du coup, cela rendait la créature d’autant plus effrayante car apparemment, redoutable dans tous les milieux. Rien de très réjouissant en somme… Heureusement que leur capitaine parvenait aisément à tenir la presse à l’écart de cette histoire, car avec tous les éléments qu’ils avaient pour la description de la bête, l’engouement public, la crainte, la peur auraient pris le contrôle total de la Grosse Pomme. Et la paranoïa aurait rendu la populace imprévisible, et donc, dangereuse. La situation était donc quand même sous « contrôle », bien qu’il était impossible pour les agents de savoir où allait frapper leur monstre, ni comment l’arrêter.
Mais ils allaient l’arrêter. Et ils s’en donnaient les moyens. Leur supérieur avait contacté une universitaire, une que les policiers aimaient appeler « fouine », afin d’avoir un encéphale apte de prédire les comportements de la créature, de lui dresser un profil psychologique, de le comprendre… Comme s’il s’agissait d’un serial-killer, à la différence près qu’il n’était pas humain.
Cette pensée sut pousser un soupir méprisant au détective. Un psy pour les vilains prédateurs. Aussi ridicule que la télévision pour chien… Enfin, leur chef semblait convaincu que cela pourrait les aider à faire avancer l’enquête, aussi, il fallait accepter cette idée, et ne pas embrouiller la demoiselle…
Tournant sur la droite, Giovanni rompit le fil de ses pensées lorsqu’il se gara devant la maison où s’était déroulé le carnage. Des voitures étaient déjà sur place, ainsi que l’équipe scientifique, et médicale, bien évidemment. Vidal avait expressément demandé qu’on l’attende avant de déplacer les corps, pas que c’était jouissif pour lui de voir des tripes au plafond, mais pour avoir une meilleure vision d’ensemble, et surtout pour vraiment constater l’ensemble des dégâts de ses propres yeux. Et non sur le rapport du légiste.
Sortant d’un pas décidé de sa voiture, il passa devant le médecin légiste, son assistant et une jeune recrue de la police s’étant apparemment chargée de sécuriser le périmètre, puis chipa le café non-entamé que ce dernier tenait dans ses mains.
« Mais c’est mon café ! »
« Avec ce que vous allez voir, ce serait un gâchis de vous laisser le boire. »
Le bonhomme râla, mais suivit Giovanni à l’intérieur de la maison. Et ce fut le choc. Pas pour le détective, forcément, mais pour le « bleu » qui voyait là sa première scène de crime concernant l’enquête « Black Vein ». Immédiatement, le pauvre homme dut se retenir de vomir et partit aspirer de l’air frais, dehors. Giovanni lui poursuivait sa marche macabre avec les deux médecins.
Vraiment… un carnage, était désormais un mot trop faible pour décrire l’ampleur de l’horreur du spectacle morbide s’offrant à eux. Et pourtant, la maison était très belle. Très coquette. Une cuisinière coûteuse qui voyait sûrement sa valeur chuter au vue de l’hémoglobine qui avait éclaboussé sur son vitro Céram, des canapés autrefois d’un cuir blanc, un parquet fondu à quelques rares endroits. Des portraits d’enfants bien en chair souriant dans des cadres rougis, des murs crépis qui contenaient de l’ADN humain, des statues asiatiques qui avaient assisté au massacre du siècle…
« Attention Détective, ne marchez pas sur la vésicule biliaire de Monsieur Hajiki»
Vidal fit un pas de côté afin de ne pas écraser l’organe, puis leva les yeux pour contempler l’empalement qu’il avait devant lui… Le pauvre homme, n’avait pas eu de chance. Tué pour ne même pas être totalement mangé. Ça aussi, cela relevait du gâchis.
« Au moins, la cause de sa mort est évidente, à lui… »
[i]Sirotant tranquillement son café chaud, Giovanni observa un tas étrange qui se trouvait à proximité du corps presque entier trouvé. Une sorte de… vomis d’humain ? Ce fut les premiers mots qu’eut l’investigateur pour décrire ce qui se trouvait devant lui.
« Bon… je suppose qu’il s’agit de Madame Hajiki. Où est le reste de son corps ? »
« Bah… un peu partout. »
En effet, ce qui ressemblait au buste se trouvait en bas des escaliers, mais l’assistant prenait en photo à l’instant-même le reste de sa main dessous un des canapés. On avait donc le couple. Désormais, c’était au tour des enfants. Ils étaient à l’étage, d’après les informations du légiste. Giovanni monta les escaliers, en prenant soin de ne pas écraser des bouts de Madame Hajiki se trouvant sur son passage, et pénétra dans la chambre des petits. Une équipe le suivit pour la prise de photos, et également pour faire le démarquage des corps, après les avoir embarqués. Leur état était aussi déplorable que leur parent… Beaucoup de personnes sentirent un profond malaise en entrant dans cette chambre. Vidal, quant à lui, savourait son café, et définit la cause de la mort par un violent traumatisme crânien. Le légiste confirma. Au moins, les petits n’avaient pas eu à souffrir, ils n’y avaient pas eu autant de traces de lutte que pour les parents. Sans doute la créature avait pénétré discrètement par la fenêtre qui était toujours ouverte, avait tué les petits, sans qu’ils ne se rendent compte de rien, s’était un peu nourrie, était partie à la recherche de nourriture plus consistante, était tombée sur les parents qui avaient tenté de se défendre… Enfin telle était sa première thèse, et la première n’était pas souvent la bonne…
« Qui a découvert les corps ? »
« La femme de ménage a appelé la centrale avant de s’évanouir, ce matin vers 5 heures. »
Et bien, terrible spectacle pour une ménagère que de voir autant de cochonnaille à nettoyer. Pauvre famille. Sortant de la pièce des enfants, Giovanni exprima un soupir presque désolé pour les occupants de la maison, et alla se poster en haut des escaliers, muni de son carnet. Il posa son café sur le rempart de l’escalier et commença à faire un vague croquis de la scène pour lui-même, et y notifia quelques détails, notamment l’état des corps retrouvés, et les circonstances probables de la mort… Il resta concentré un moment, jusqu’à ce qu’un léger bruit de talon le poussa à interrompre ses notes, sans pour autant lui faire relever la tête. Après un vague regard à sa montre, il saisit son café, redescendit les escaliers, et se dirigea vers la provenance du bruit qui se trouvait selon son ouïe, au bas des escaliers.
« Alors, c’est vous la fouine qui allez nous aider pour cette enquête ? Je suis Giovanni Vidal, responsable de l’affaire, et donc votre collègue. Ravi de faire votre connaissance, Mademoiselle… ? »
Ayant oublié le nom moult fois répété par son supérieur hiérarchique, le détective daigna enfin à lever les yeux vers la scientifique… et là, ses iris affichèrent la surprise à l’état pur, et sa bouche s’entrouvrit légèrement. Anison Walker … ? Non. Ce n’était pas possible… elle devrait être âgée de plus d’une soixantaine d’années à l’heure qu’il était… mais diable, c’était ELLE ! Physiquement parlant, c’était vraiment elle. Un regard interrogateur fit place à celui de la surprise, et une mine légèrement déboussolée fit face à son ancienne mentor.
« Vous… Vous êtes de la famille à Anison Walker ? »
Non, il ne se gêna pas de poser la question… après tout, elle avait disparu du jour au lendemain en 1987, et là, il la revoyait, comme si elle avait disparu hier. Ce n’était pas possible. Elle avait sûrement dû avoir une fille… à moins que… Non. Ca ne pouvait être possible. C’était sûrement sa fille.
|
|  | | Kelly A. Rotten

Messages: 514 Date d'inscription: 13/06/2011 Points RP: 22
 | Sujet: Re: Du sang, des tripes et un fantôme Mar 26 Juil - 16:39 | |
| Le professeur en était à calculer de tête l’angle de la dépouille pour déterminer comment elle avait pu se retrouver là quand un craquement la tira de ses spéculations. La silhouette d’un homme dans la force de l’âge, de type méditerranéen, apparut derrière la victime. Sans un regard pour elle, l’homme commença à descendre l’escalier en ronchonnant quelques remarques acides et salutations ironiques. L’universitaire roula les yeux, sans relever la vacherie sur son statut d’intruse. Le mufle pouvait bien aboyer devant sa grille, ça ne l’empêcherait pas de pisser dessus si l’envie lui en prenait. Surtout qu’elle avait la bénédiction de la hiérarchie…
Elle allait rétorquer combien elle était ravie d’enfin croiser le détective Vidal, qui se faisait décidément trop rare, quand leurs regards se croisèrent. Un regard rond comme une soucoupe qui jurait avec la bravade qui l’avait précédé, flanqué d’un clapet qui en avait oublié de se fermer correctement. Son visage semblait aussi un peu plus pâle, sous cette lumière. Pour peu, elle se serait retournée pour vérifier si le fantôme de l’empalé ne traînait pas dans son dos pour esquisser quelques signes tribaux ou lancer une malédiction. Non, sans blague, elle était vraiment sur le point de demander au policier s’il avait vu un fantôme quand ce dernier en prononça le nom.
« Je vous demande pardon ? » s’étrangla-t-elle.
Anison Walker ? Il lui demandait si elle était de la famille d’Anison Walker ? Une poussée d’adrénaline fit resurgir d’un instant à l’autre cette femme profondément endormie dans sa cabine, son odeur et la douceur de sa peau. Sa respiration se bloqua un instant, le temps pour elle de reprendre ses esprits. Elle s’en félicitait, car ce manque soudain de souffle l’avait empêché de ahaner sous le coup de la panique. Qu’avait-il dit, déjà ? Anison Walker, membre de sa famille ? Non, mais avant, il avait dit un nom… un prénom… Vidal, oui, mais Vidal qui ?
Giovanni Vidal. Le nom lui revint comme une claque, en même temps que le visage. Le petit Gio ? Qu’est-ce qu’il foutait là ? Qu’est-ce qu’elle faisait là ? Qui était-elle, qui était Anison Walker ? Toutes les dates se mirent à se mélanger dans sa tête, dans un maelstrom innommable. C’était pas prévu. Anison Walker était une inconnue, une anonyme. Elle n’avait signé aucun article scientifique. Elle n’avait combattu aucun super-héros en collants. Personne ne la connaissait. Personne, sauf quelques anonymes perdus dans le Mid-Ouest. Que n’avait-il pu rester là-bas, comme le petit garçon sage et poli qu’elle connaissait ? En désespoir de cause, elle tenta de gagner du temps pour remettre de l’ordre dans ses pensées :
« D’où connaissez-vous ce nom ? »
Voilà pour la diversion. Cela lui laisserait peut-être le loisir de fouiller les tréfonds de sa mémoire à la recherche des dates de vie et de mort de son ancienne couverture. |
|  | | Giovanni Vidal

Messages: 49 Date d'inscription: 22/07/2011 Points RP: 58
 | Sujet: Re: Du sang, des tripes et un fantôme Mar 26 Juil - 18:13 | |
| Lorsque Giovanni posa la question, il eut l'impression un court moment que c'était la jeune femme en face de lui qui voyait ressurgir un fantôme de son passé, et non lui. Après s'être quais étranglée en lui demande pardon, la mine de la demoiselle devint aussi surprise que la sienne, un petit souci d'inspiration sous le choc survint, et un air qui pourrait presque être qualifié de paniqué s'afficha sur son fin visage. L'investigateur crut même à un instant qu'elle allait faire un malaise. Et s'apprêtait à la voir basculer à n'importe quelle seconde.
Surtout qu'un silence gênant s'était timidement installé, pendant que l'universitaire semblait éperdue dans une intense réflexion. Ses pupilles paraissaient fixes, comme perdues dans une autre époque. Le policier en chef hésita un bref instant à faire un petit signe de main à hauteur de ses yeux pour voir s'il y avait une réponse oculaire à son mouvement, afin de s'assurer de l'état de santé de sa nouvelle collègue, et constater si elle n'était pas en train de lui faire un évanouissement debout, mais ce fut inutile. Car le silence fut rompu par les cordes vocales de la trentenaire.
« D’où connaissez-vous ce nom ? »
Et une question pour répondre à une question. Quel comportement étrange... Décidément ces gens aux études étaient tous un peu spéciaux dans leur genre. Ou c'était la situation qui rendait son comportement spécial. Enfin, ça Giovanni ne pouvait le savoir, et en avait légèrement cure. Là ce qui l'intriguait c'était sa fatale ressemblance avec la Anison Walker. Peut-être n'était-ce qu'un sosie, que le hasard aurait voulu amener à New-York, sa ville à lui désormais. Même s'il semblai vraiment exister un lien entre les deux femmes, au vu de la réaction quelque peu agitée de sa collaboratrice. Lien que Vidal comptait bien découvrir dans la minute qui suivrait.
"Et bien la politesse voudrait qu'on réponde à la question de son interlocuteur avant d'en poser une autre. Mais vu que vous êtes ma nouvelle partenaire je ne vais pas faire cas. Et vous répondre que j'ai grandi à Lawrence, au Kansas, et que j'y ai connu une femme du nom d'Anison Walker qui vous ressemble trait pour trait. On pourrait jurer que vous êtes sa fille...
Il laissa sa phrase en suspens, la faisant sonner comme une interrogation... s'attendant à voir la demoiselle apparemment distraite, ou en train de réfléchir, lui affirmer sa thèse. |
|  | | Kelly A. Rotten

Messages: 514 Date d'inscription: 13/06/2011 Points RP: 22
 | Sujet: Re: Du sang, des tripes et un fantôme Mer 27 Juil - 13:26 | |
| Lawrence, Kansas. Elle resituait maintenant le bar, les étudiants qui levaient le coude au rythme des chants folkloriques, mais aussi les heures creuses à ranger les verres avec sa collègue. Cette femme avait un fils, qui les rejoignait parfois après les cours pour mériter son argent de poche. Un garçon intelligent, sans nul doute, le genre de gamin qui pouvait aller loin s’il s’en donnait les moyens. Il en voulait, alors elle lui en donnait. Une trop longue sédentarisation avait émoussé sa méfiance naturelle – dès lors, comment résister à ce petit regard admiratif, à ces questions innocentes mais déjà pleines de bon sens ? Elle lui avait caché son passé, certes, mais pas sa science. Pas même celle des arts martiaux…
Le voilà donc maintenant policier à New York. Elle était bien placée pour savoir que rien ne pouvait laisser deviner à 17 ans ce qu’on deviendrait à 40, mais cela restait toujours étonnant. Elle aurait aimé savoir comment il en était arrivé là, si le parasite Anison Walker ne menaçait pas dangereusement sa couverture actuelle.
« Sa nièce », fit-elle mine de corriger pour donner le change.
Elle avait trop bien réagi pour nier une quelconque filiation avec la barmaid du Kansas, mais il lui paraissait trop risqué de se présenter comme sa fille. D’abord parce que la moindre incohérence temporelle leur serait fatale à toutes les deux. Ensuite parce que Hellena Roughney avait encore des parents, quelque part en Californie. Ils l’avaient reniée grâce aux bons soins de son mentor, mais administrativement ils existaient toujours.
Elle avait désormais en main les bases du bobard, qu’il ne restait plus qu’à fignoler. Le premier moment de panique passé, elle commençait à reprendre le contrôle de la situation, au travers d’un exercice d’improvisation aussi périlleux qu’excitant. Elle n’avait pas droit à l’erreur – quand bien même l’avait-elle déjà commise en s’étranglant un peu plus tôt –, mais elle savait reconnaître un défi quand elle en voyait un. Toujours en quête d’inspiration pour pondre un conte de fée qui tienne la route, elle attaqua la version du p’tit Gio pour le faire parler :
« Vous dites l’avoir vue au Kansas ? demanda-t-elle, feignant la surprise. Quand était-ce ? » |
|  | | Giovanni Vidal

Messages: 49 Date d'inscription: 22/07/2011 Points RP: 58
 | Sujet: Re: Du sang, des tripes et un fantôme Ven 29 Juil - 1:05 | |
| Sa... nièce ?
A nouveau les traits de la surprise réapparurent légèrement sur le visage du quadragénaire... pas que la chose était impossible, ô que non, au contraire... mais il se peinait à imaginer Anison Walker Tatie... Oui, certes, c'était idiot, puisqu'il n'avait connu de la femme que ses connaissances scientifiques, ses récits captivants ainsi que des entraînements martiaux. En fin de compte, il n'avait pas connu grand chose, à son propos. A son sujet. Au niveau de sa vie privée. Aussi, cela lui procurait un sentiment étrange que d'avoir sa présumée nièce devant lui, comme s'il s'était immiscé presque dans la vie intime de celle qui avait été son mentor. Comme si le fait de connaître un membre de sa famille rendait le personnage moins mystique... car oui, à cette époque, le alors tout jeune Vidal trouvait en Anison un côté qui l'avait beaucoup captivé et fasciné, mystifiant la femme qui savait demeurer secrète tout en bavardant aisément...
Enfin, tout cela était du passé... Sans doute qu'aujourd'hui, elle ne se souvenait que très vaguement de lui, comme un simple gamin qui lui faisait de temps en temps la conversation et aimait apprendre de ses entraînements... Elle devait avoir la soixante dizaine d'années. Enfin, si elle était toujours vivante... question délicate... qu'il aurait aimé posé dès la confirmation du lien de parenté de sa collaboratrice, mais dont il s'était abstenu. Car une autre était venue.
« Vous dites l’avoir vue au Kansas ? Quand était-ce ? »
"Elle s'est installée vers le début des années soixante-dix à Lawrence. Elle y est restée un bon petit moment, votre tatie. J'ignore à quelle date précise elle est devenue Lawrencienne, mais je sais exactement quand elle est partie. En 1987.
L'inspecteur eut un bref sourire amer en repensant à ce jour où il était rentré banalement au bar pour aller aider sa mère et qu'il avait posé la naïve question de "Tu sais où est Anison ?" en voyant que son amie n'était pas comme à son habitude en train d'aider à mettre les couverts pour les invités du soir. La réponse de sa génitrice avait été un haussement d'épaules un peu confus, accompagné d'un air quelque peu résigné. Comme si l'évidence était là. Après tout, elle était connue pour être quelqu'un d'extrêmement indépendant, et personne n'avait été étonné de son départ soudain. Personne à part le naïf de service qu'il était à cette époque.
Posant les mains sur ses hanches, Giovanni prit un air légèrement plus grave et intéressé avant d'enfin se oser à la question qui le titillait depuis que sa collègue, qui au passage ne lui avait toujours pas divulgué son nom, lui avait appris qu'elle était sa nièce...
Et à ce propos... elle va bien ? |
|  | | Kelly A. Rotten

Messages: 514 Date d'inscription: 13/06/2011 Points RP: 22
 | Sujet: Re: Du sang, des tripes et un fantôme Sam 30 Juil - 18:18 | |
| Les années ’70… Oui, maintenant elle s’en souvenait. Elle se souvenait aussi que la personne décrite sur son permis de conduire approchait dangereusement la cinquantaine quand elle avait décidé de quitter cette peau. C’était un agent de police – drôle de coïncidence ! – qui le lui avait fait remarquer lors d’un contrôle de routine. Elle le revoyait, lui et son sourire badin tandis qu’il s’exclamait qu’ils étaient nés la même année. Lui la draguait ouvertement, se demandant ce qu’une beauté de son âge faisait encore célibataire. Elle n’avait d’yeux que pour le sommet dégarni de son crâne et les rides sous ses yeux. Il faisait son âge, plus elle.
Elle avait été bien inspirée de se présenter comme la nièce d’Anison Walker, car Hellena Roughney était née en 1975. Soit après sa désertion de l’HYDRA, mais bien avant qu’elle ne quitte le Kansas pour la Californie. Si elle voulait rester cohérente, elles ne s’étaient probablement jamais croisées. Anison était et resterait une fugitive, une anonyme dans l’ombre de ses autres vies. Puisque le meilleur mensonge restait la vérité travestie, elle se plia à la règle :
« Je serais bien en mal de vous le dire : je ne l’ai même pas connue. Elle s’est brouillée avec sa famille avant ma naissance, je n’ai jamais bien su pourquoi. Je ne connaîtrais sans doute même pas son nom si ma grand-mère n’avait pas tendance à confondre les générations. À ma connaissance, vous êtes la dernière personne à avoir eu de ses nouvelles. »
Du travail de maître. Qu’elle se soit inspirée du vécu de Greta – qui ne se connaissait aucun neveu – pour se créer un passé imaginaire ne dérangeait pas vraiment, pour peu qu’il soit cohérent avec le reste. La dernière grand-mère d’Hellena était morte deux ans avant la fin de son doctorat, ce qui éliminait déjà un témoin gênant. Quant à la mère, elle était suffisamment fâchée contre la fille et la « sœur » pour nier leur existence respective… Les battements de son cœur purent reprendre un rythme normal : elle était peut-être passée proche de la catastrophe, mais sa couverture en sortait saine et sauve. Jusqu’à nouvel ordre, du moins.
« Hellena Roughney, professeur à l’Université de Virginie, se présenta-t-elle quand elle se sentit enfin en sécurité. Qu’avons-nous aujourd’hui ? »
Les rapports professionnels, même quand ils concernaient des meurtres sordides, avaient quelque chose de rassurant après avoir manqué de se faire démasquer. |
|  | | Giovanni Vidal

Messages: 49 Date d'inscription: 22/07/2011 Points RP: 58
 | Sujet: Re: Du sang, des tripes et un fantôme Mer 3 Aoû - 0:12 | |
| « Je serais bien en mal de vous le dire : je ne l’ai même pas connue. Elle s’est brouillée avec sa famille avant ma naissance, je n’ai jamais bien su pourquoi. Je ne connaîtrais sans doute même pas son nom si ma grand-mère n’avait pas tendance à confondre les générations. À ma connaissance, vous êtes la dernière personne à avoir eu de ses nouvelles. »
Ce ne fut pas exactement la réponse qu’il aurait espéré… Elle n’avait même pas connu sa tante autrement que de nom… ahh les histoires de famille. Compliquées. Ainsi donc, il était la « Dernière personne à avoir eu de ses nouvelles ». C'était flatteur, dans un certain sens... et quelque peu décevant de l'autre. Cela voulait sûrement dire qu'il pouvait oublier toute idée d'un jour pouvoir la revoir... Cette idée le chagrinait, certes, mais peut-être pas autant que cela aurait dû. Ma foi, c'était la vie, cruelle, injuste, et imprévisible. Toutefois, il espérait vraiment qu'elle était vivante, et était vraiment agacé de ne pas avoir eu de réponse concernant son état de santé. Et priait pour ne pas un jour avoir à enquêter sur sa mort, comme cela lui était déjà arrivé avec d'anciens camarades.
« Hellena Roughney, professeur à l’Université de Virginie.»
La voix doucereuse de la jeune femme ne lui laissa pas le temps de ressasser le passé, et le força à recentrer toute son attention sur sa jeune personne. Hellena... quel joli nom.
«Qu’avons-nous aujourd’hui ? »
Le retour au rapport professionnel sut tirer un léger sourire en coin au policier. Voilà un comportement digne d'une parfaite petite fouine, prête à enquêter, l'oeil vif et impatient. Peut-être était-ce une de ses, ou sa, première scène de crime, et qu'elle était réellement excitée à l'idée de pouvoir enfin travailler sur le terrain. Voir de près l'oeuvre de celui, ou plutôt, de la chose, qu'on appelait officiellement "The Black Vein" et entre collègues "La machine à hashi permentier".
Poussant un soupire digne d’une personne blasée de son travail, Giovanni détourna les talons, et présenta d'un simple hochement de tête le malheureux homme aux traits asiatiques qui ornait l'escalier...
« Aujourd’hui je vous présente la famille Hajiki. Etrangers Japonais installés depuis 15 ans en Amérique, bien intégrés, famille sans histoire, le papa était cadre dans une grande entreprise d’aéronautique. La maman, mère au foyer, les enfants selon les voisins étaient réputés polis et courtois. Enfin, ça je pense pas que ça vous intéresse. Donc venons aux faits. »
Sur ce, le quadragénaire finit d’un trait son café, puis tendit son gobelet à l’assistant du légiste qui passait justement devant eux au même moment, et qui parut plutôt frustré de se voir considéré comme une poubelle, et refusa donc de le prendre. Vidal, d’un regard insistant du style « C’est sur votre chemin la poubelle de toute façon », le força finalement à saisir le récipient vide et à s’en aller, dans un soupire hautement plaintif, ce que le détective en avait cure et ignora totalement avant de poursuivre.
« … Voici Monsieur, s’étant fait élégamment empaler. Sa vésicule biliaire est à quelques pas de vous. Et quelques bouts de sa femme gisent plus loin vers le canapé, dans les escaliers, les murs et un peu au plafond. Regardez bien où vous mettez les pieds, les fouines n’ont pas encore fini de récupérer tous les morceaux… Je ne pense pas que vous voudriez vous retrouvez avec du cervelet Hajicki sous vos talons… Hm. Sinon, Quant aux enfants, ils sont relativement plus propres, plus entiers, tous deux trouvés dans leur chambre. »
Il laissa ses paroles planer un moment, laissant la jeune Roughney observer de ses propres yeux la scène de crime, avant de poursuivre d’un ton un peu plus professionnel.
« Les causes de le mort des deux gamins sont identiques. Apparemment tous deux ont reçu un violent choc crânien, causant un traumatisme, qui a causé une commotion cérébrale. Selon une estimation rapide du légiste, ils auraient été les premiers à mourir, à l’heure très approximative de deux heures, a.m… Pour Monsieur et Madame Hajicki, leur mort est estimée à une trentaine de minutes plus tard, environ. Des examens approfondis pourront nous confirmer l’heure de décès ainsi que la cause première de la mort de Madame Hajicki. Cette dernière étant… un peu trop éparpillée pour définir si c’est la décapitation, l’éviscération ou le démembrement qui l’ont tuée…»
Il marqua à nouveau un temps de base, pour laisser le temps à Hellena d’enregistrer les informations données et de se faire sa propre hypothèse concernant le déroulement des événements. Puis croisa les bras, et observa les yeux bleus de la scientifique.
« Voici ma version des faits. La bestiole s’est introduite en toute discrétion dans la chambre des gosses pendant leur sommeil par la fenêtre entrouverte. Elle leur a défoncé le crâne d’une manière ou d’une autre. Les parents ont peut-être entendu les bruits de pattes de la bête, si elle a des pattes, ou le craquement crânien des petiots, et se sont donc rendus dans le couloir. Or, la bête est sortie de la chambre et a croisé la route de Monsieur et Madame bridés. Là ils se sont battus au vu des quelques traces de sang que l'on trouve dans le couloir. Après ce léger accrochage, je pense que la créature les a envoyé tous deux valdinguer au premier, à moins qu’ils aient tenté de fuir, puis elle les aurait achevé là… Toujours de manière très élégante… »
Lorsqu'il eut fini, l'assistant légiste repassa devant eux, cette fois un sac de vomis dans les mains. Sans doute paré à emporter les corps des jeunes enfants, ou à nettoyer les différents résidus d'ADN de Madame... Une fois l'homme de science passé, Giovanni reporta ses iris foncés sur sa collègue, curieux de voir ce qu'elle en pensait.
Qu'en pensez-vous, Mademoiselle Roughney ?" |
|  | | Kelly A. Rotten

Messages: 514 Date d'inscription: 13/06/2011 Points RP: 22
 | Sujet: Re: Du sang, des tripes et un fantôme Lun 8 Aoû - 21:00 | |
| Les sourcils froncés, l’universitaire suivait des yeux les explications de l’officier : tantôt s’attardant sur l’angle impossible du cou de M. Hajiki, tantôt bifurquant sur les traces attribuées à sa femme, elle reconstituait à son tour le puzzle au fur et à mesure qu’elle en découvrait les pièces. Bien sûr sa grille d’analyse se différenciait de celle des forces de l’ordre, en cela qu’elle avait de la bête une expérience toute personnelle. Personne à New York n’avait eu le privilège de survivre au spectacle de ses chasses – elle exceptée. Elle l’avait vu jouer, tester, démembrer, savourer. Elle avait senti à travers lui la transpiration du gibier et l’euphorie de la mise à mort. Tandis que ces fourmis – les « fouines », disait Gio – en étaient encore à gratter le plancher à la recherche des victimes, elle appréhendait déjà les volumes en y dessinant la silhouette de Nummer Sechs en pleine action. Oui, c’était bien lui. Son visage restait froid comme le roc mais son cœur battait déjà la chamade, comme après avoir entraperçu la chemise familière d’un amour perdu.
« Je n’en penserai rien avant d’avoir vu la chambre des enfants, M. Vidal, rétorqua-t-elle tout simplement en sortant de sa rêverie. Si vous me le permettez… »
Elle laissa au policier le loisir de poser un quelconque veto, le temps pour elle d’approcher précautionneusement le large escalier, puis elle contourna l’enquêteur officiel pour escalader la première marche – opération qui s’avéra plus délicate que prévue. Son talon manquant lui joua en effet un bien vilain tour, au détour d’une distraction fugace, en ne retenant pas son pied comme elle s’y attendait. Elle faillit bien perdre l’équilibre, mais un mouvement rapide vers la rampe la retint au dernier moment. Un bref regard à l’officier le mit au défi de commenter l’incident tandis qu’elle le dépassait pour se rendre à l’étage.
Là, elle suivit le ballet des fouines pour identifier ce qui semblait être la première scène de crime. Une porte entrouverte, cossue comme tout le reste, mais étrangement vierge de la moindre trace de sang. Elle s’ouvrait vers l’intérieur, ce qui en faisait un lieu stratégique de premier ordre. Une intuition soudaine lui fit faire volte-face vers le cadavre empalé, vers qui elle esquissa deux ou trois pas. L’angle correspondait étrangement.
« Vicieux… commenta-t-elle d’un murmure impressionné. Je ne crois pas que M. Hajiki ait eu le temps de se débattre. Notre créature l’a vraisemblablement attiré au seuil de la chambre pour le projeter directement sur… l’arme du crime ? (Elle se pencha pour examiner de plus près le pal improvisé, qui lui transperçait de part en part le bas de la colonne vertébrale.) Sans doute paralysé, mais peut-être pas mort sur le coup. Il m’a tout l’air d’avoir abondamment saigné. Une viande vive et incapable de se défendre… du pain béni dans le monde animal. »
Elle se releva pour reprendre le chemin de la chambre, où elle s’attarda tout d’abord sur les recoins les plus incongrus. Comme derrière la porte. Sur le plafond. Dans l’ombre d’une armoire… Où s’était-il caché en attendant que sa victime morde à l’hameçon ? D’où M. Hajiki avait-il vu la mort surgir de nulle part ? Elle aimait à penser au plafond, où il pouvait tapir à loisir son corps de géant. S’il avait laissé les enfants en si bel état, c’était sans doute pour préserver la chair de leurs parents. Un lapin n’était jamais aussi tendre que quand on le prenait par surprise.
« Cela m’étonne qu’il ne soit pas revenu ici pour terminer les enfants. Il les a à peine touchés, cela ne lui ressemble pas. Notre créature m’a l’air trop intelligente pour les avoir tout simplement oubliés, mais j’imagine que cela reste une possibilité à ne pas négliger… cela et une éventuelle « indigestion ». M’est plutôt avis que quelque chose l’a dérangée et l’a empêchée d’aller jusqu’au bout. Mais quoi ? »
Karev n’aurait tout de même pas déjà tenté une approche en solitaire ? Ce serait gonflé. Même si leur accord ne le lui interdisait pas formellement, il aurait pu au moins l’inviter aux réjouissances. Ce n’était pas comme s’ils n’en avaient pas discuté la nuit même, au prix d’un talon qu’elle n’avait pas eu le temps de remplacer. |
|  | | Giovanni Vidal

Messages: 49 Date d'inscription: 22/07/2011 Points RP: 58
 | Sujet: Re: Du sang, des tripes et un fantôme Mar 9 Aoû - 0:27 | |
| Durant tout le long de ses explications, la demoiselle était restée de marbre, la mine fermée, apparemment éprise dans une longue étude et analyse des scènes du crime qu'elle avait en visuel, s'imaginant sûrement à quoi avait ressemblé le carnage. Et une fois ses déductions faites, lorsque Giovanni lui demanda son avis, l'universitaire se contenta de glisser un bref "« Je n’en penserai rien avant d’avoir vu la chambre des enfants, M. Vidal»" avant de se diriger vers la première marche d'escalier, le contournant.
Vidal lui avait un léger sourcil haussé, apparemment surpris de l'attitude de sa collaboratrice. Il n'avait pour ainsi dire peu l'habitude de rencontrer des personnes aussi jeunes, avec une telle capacité d'écoute et de réflexion (Giovanni ayant souvent été coupé lors de ses explications par des fouines post-adolescentes qui trouvaient de quoi le contredire ou rendre plus exact un terme utilisé dans son langage non-fouinesque), ainsi qu'un professionnalisme qui suscitait grandement une certaine considération, ou du moins le respect. Sans compter la classe qu'inspirait la demoiselle de par son calme et sa démarche sûre qui...
Faillit la faire vilainement chuter dans l'escalier.
Un léger sourire apparaissant suite à cette belle cascade, dont le talon semblait en être la cause, Vidal voulut faire remarquer à sa coéquipière qu'il serait bête d'avoir à déplacer un cinquième cadavre postérieur aux meurtres, mais le regard revolver de cette dernière sut aussitôt faire disparaître et son sourire, et cette envie...
Et il se contenta par la suite de simplement suivre sa collègue, désormais montée à l'étage, lieu où étaient regroupés une grande majorité des scientifiques dépêchés. Sur ses talons, le quadragénaire glissait quelques regards à droite et à gauche, observant ses très chers compatriotes immortaliser les lieux du crime quand un mouvement brusque et violent se fit droit devant lui et l'obligea à s'arrêter abruptement pour ne pas heurter le corps qui venait de faire volte-face.
Hellena avait apparemment remarqué quelque chose, quelque chose par rapport à la mort de Monsieur Hajicki. Les trois pas faits par la demoiselle en la direction du corps confirma cela.
« Vicieux… Je ne crois pas que M. Hajiki ait eu le temps de se débattre. Notre créature l’a vraisemblablement attiré au seuil de la chambre pour le projeter directement sur… l’arme du crime ?»
Intrigué, Giovanni observa la porte de la chambre opulente. Puis reporta son regard vers l'escalier... Et s'abaissa également lorsque la spécialiste se pencha pour examiner avec plus d'attention ce qui avait traversé la colonne vertébrale du père de famille.
«Sans doute paralysé, mais peut-être pas mort sur le coup. Il m’a tout l’air d’avoir abondamment saigné. Une viande vive et incapable de se défendre… du pain béni dans le monde animal. »
Et après cette macabre conclusion, elle se releva pour continuer à arpenter la chambre. Le représentant des forces de l'ordre resta un moment penché, continuant de dévier ses yeux vers la porte puis vers l'escalier...
La créature aurait donc calculé son coup. Elle avait donc agi avec ce qui pouvait s'apparenter le plus à une once de stratégie ? De ce fait pouvait-elle encore être jugée comme animal... N'étant guère un spécialiste en matière de zoologie, Giovanni se disait que oui, après tout les animaux étaient connus pour utiliser de brillants stratagèmes afin de piéger leur proie. Les araignées étant l'exemple le plus courant que l'on pouvait trouver dans le règne animal, avec leurs toiles tissées avec une précision d'architecte à des endroits hautement stratégiques...
Mais là... C'était différent. Les araignées avaient ça comme seul moyen de piéger leur nourriture. Tandis que "The Black Vein", d'après les profils tirés des rares empreintes et dégâts causés, surplombait en puissance, agilité, rapidité, taille, n'importe quel être humain. Ce qui voulait dire qu'en réalité, cette lugubre exécution de Monsieur Hajicki était choisie, volontaire pour faire mal... pas pour simplement tuer et se nourrir. Il s'agissait donc par déduction d'un acte criminel... et Vidal se demandait sérieusement si les animaux étaient capables d'une telle chose... Peut-être que sa toute nouvelle camarade pourrait lui apporter réponse...
Se relevant, Giovanni alla rejoindra la trentenaire qui se trouvait dans la chambre des enfants, au milieu de cette dernière, la tête apparemment relevée vers le plafond.
« Cela m’étonne qu’il ne soit pas revenu ici pour terminer les enfants. Il les a à peine touchés, cela ne lui ressemble pas. Notre créature m’a l’air trop intelligente pour les avoir tout simplement oubliés, mais j’imagine que cela reste une possibilité à ne pas négliger… cela et une éventuelle « indigestion ». M’est plutôt avis que quelque chose l’a dérangée et l’a empêchée d’aller jusqu’au bout. Mais quoi ? »
Apparemment, Hellena se préoccupait d'une problématique autre que la nature-même de la chose qu'ils traquaient. Et étrangement, cette problématique, pour le policier, semblait moins importante... mais bon, il n'était pas spécialiste... toutefois, son incroyable langue bien pendue lui permit de faire une remarque qui lui voudrait peut-être une moquerie de la part de sa collègue. Mais avant cela, il allait au moins essayer de répondre à son auto-question avec la logique d'homme d'action qu'il avait...
"Peut-être qu'elle n'avait plus faim du tout, s'étant trop régalée avec le gigot que représentait Madame Hajicki et les tripes de son mari. Ou bien elle a peut-être senti que ses aliments n'étaient pas compatibles avec son fin palet... l'aîné de la famille étant atteint d'un diabète léger, peut-être a-t-elle senti un taux de glucose anormalement bas dans son sang, et cela l'aurait rendu moins attrayant comme repas... Forcément, cela n'explique pas pourquoi le cadet a également aussi été "épargné" (il accentua bien sur l'irone du mot avec ses deux majeurs et index)...
Croisant les bras et poussant un soupire quelque peu déprimé suite aux manques d'éléments qu'ils avaient concernant cette enquête qui durait déjà depuis plusieurs mois, Giovanni se résolut à enfin poser la question qu'il se posait depuis le premier commentaire d'Hellena par rapport à la mort de Monsieur Hajicki.
"Mais ce que je me demande... c'est si on peut juger l'auteur de ce carnage comme étant "animal". Je veux dire, il a carrément zigouillé plusieurs familles, sans pour autant forcément entamer la viande chassée. Et comme vous l'avez souligné, Mademoiselle Roughney, il tue avec une certaine conscience... il sait apparemment comment bien faire mal. Il calcule ses attaques. Je pense plutôt qu'on a à faire à une chose dotée d'autre chose que du simple instinct de survie... Non ?
S'accolant contre la porte, il observa la silhouette d'Hellena, très impatient d'écouter sa vision personnelle de leur "proie" à eux... Enfin, du moins, c'était ce que pensait le détective... |
|  | | Kelly A. Rotten

Messages: 514 Date d'inscription: 13/06/2011 Points RP: 22
 | Sujet: Re: Du sang, des tripes et un fantôme Mer 10 Aoû - 0:36 | |
| Le regard froid d’Hellena Roughney continuait à analyser la situation à la lumière des pistes proposées par son cher collègue. Elle en gardait un bilan mitigé, fait de bonnes et de mauvaises surprises. La bonne, c’était que son cerveau n’était pas le seul à tourner à plein régime. La mauvaise, c’était que la concurrence en question l’obligeait à louvoyer en eaux dangereuses. Elle avait jusqu’à présent pu mener tout le monde en bateau, mais à lui on ne la ferait pas. Elle connaissait trop sa vivacité d’esprit pour oser lui faire avaler la moitié de ce qu’elle avait inventé sur les autres charniers… Un sourire sans joie répondit au défi qu’il lui tendait.
« Bien. J’ajoute la satiété prématurée et le risque d’empoisonnement alimentaire à la liste des hypothèses à garder sous le coude. Je n’y crois pas vraiment, mais je suis trop superstitieuse pour l’écarter avant d’avoir épluché tous les précédents… Si vous croisez mes heures de sommeil, pensez à les saluer de ma part. »
Elle s’approcha des dépouilles, encore emmêlées dans leurs édredons respectifs. Une partie du duvet laissait pourtant place à de larges déchirures, qui épousaient les formes rondes des enfants Hajiki. Alors que la vision de leurs deux petits crânes fracassés contre le mur (l’un s’était brisé en deux sous le choc) ne lui avait inspiré qu’un haussement de sourcil, une moue dégoûtée se dessina sur son visage quand elle entraperçut la couture hypertendue d’un (?)pyjama nappé sur son lit de bourrelet.
« Réflexion faite, il s’est surtout évité une belle chiasse. Même un charognard n’en viendrait pas à bout. »
Sa remarque au langage fleuri lui attira le regard rond d’un collecteur de la police scientifique, qui semblait hésiter entre la surprise et l’air scandalisé. Un rictus suivi d’un roulement des yeux suffirent à le remettre à sa place, avec la certitude d’avoir juste assisté à une blague de mauvais goût. Le professeur se retourna alors vers le détective, qui s’appuyait contre la porte pour exposer sa propre problématique, bien loin de l’énigme alimentaire. Sa piste de réflexion confirma les intuitions de la spécialiste : la thèse du simple prédateur n’allait pas survivre longtemps face à un esprit aussi aiguisé… mais elle avait encore quelques beaux jours.
« Le calcul est un processus mécanique qui n’a rien à voir avec la conscience, objecta-t-elle. La conscience suppose une certaine assise morale, il me paraît donc délicat d’en attribuer à un animal. Sauf à prouver qu’un animal puisse avoir des valeurs… La littérature scientifique connaît par contre quelques exemples d’individus de toute espèce qui ont développé une intelligence rare. En général, cette intelligence ne rimait pas avec altruisme. »
Il pouvait vérifier par lui-même, si l’envie l’en prenait. Elle avait pour sa part en tête un poney qui avait la sale manie de forcer son cavalier à dépasser ses congénères pour le seul plaisir de leur flanquer une ruade. Elle mettait le monde entier au défi d’y voir le moindre instinct de conservation, mais autant clouer l’idée reçue jusqu’au bout :
« Du reste, la survie n’est une priorité qu’en période de crise. Dès qu’elle est acquise, toute créature est en droit de mettre son intelligence au service d’autres aspects de sa vie. Comme… son confort. »
Cela pouvait paraître très humain, en un sens, si on oubliait que l’homo sapiens était de ce point de vue un primate comme les autres.
Dernière édition par Kelly A. Rotten le Lun 15 Aoû - 0:52, édité 1 fois |
|  | | Giovanni Vidal

Messages: 49 Date d'inscription: 22/07/2011 Points RP: 58
 | Sujet: Re: Du sang, des tripes et un fantôme Dim 14 Aoû - 16:58 | |
| « Bien. J’ajoute la satiété prématurée et le risque d’empoisonnement alimentaire à la liste des hypothèses à garder sous le coude. Je n’y crois pas vraiment, mais je suis trop superstitieuse pour l’écarter avant d’avoir épluché tous les précédents… Si vous croisez mes heures de sommeil, pensez à les saluer de ma part. »
Lui répondit sa collègue, un léger sourire apparemment forcé seyant son fin visage. Comportement qui sut susciter un sourire, et un vrai, à Giovanni... Et en plus, elle avait de l'humour... pour une fois qu'il tombait plutôt bien niveau partenaire d'enquêtes... Intelligence, vivacité, une certaine capacité humoristique, et, oui, il se devait de l'avouer, élégance et beauté. Dommage pour lui que ces qualificatifs ne pouvaient seoir à toutes les personnes de science qui l'entourait...
D'ailleurs, à propos du manque de souplesse d'esprit des scientifiques globalement, Giovanni dut essuyer un regard meurtrier venant de l'assistant puceau boutonneux qui ne supportait pas qu'on interactive de telle sorte avec une scène de crime, de peur de fausser les empreintes... ce qui était justifié, mais dans le cas des affaires de "The Black Vein", il n'y avait pas grand-chose à récupérer comme ADN, hormis celui des victimes... Et donc le policier n'hésita pas à hausser avec dédain les épaules, témoignant d'un "je-m'en-foutisme" prononcé, ce qui sut pousser un soupire exaspéré à l'intellectuel.
Chose faite, l'inspecteur se recentra sur la position actuelle d'Hellena, qui après une légère observation des couvertures des malheureux gosses, osa faire un peu d'esprit. Ce qui sut choquer les quelques personnes de la criminelle présentes dans la salle qui arrêtèrent durant une fraction de secondes leurs activités. Giovanni leur jeta un bref coup d’œil agrémenté d'un sourire cocasse, tandis qu'un collecteur de la police scientifique affichait des yeux aussi ronds que deux boules de bowling. Puis, sans doute persuadés d'une très mauvaise blague, les activités reprirent tandis que la trentenaire se retourna vers son collègue.
« Le calcul est un processus mécanique qui n’a rien à voir avec la conscience. La conscience suppose une certaine assise morale, il me paraît donc délicat d’en attribuer à un animal. Sauf à prouver qu’un animal peut avoir des valeurs… La littérature scientifique connaît par contre quelques exemples d’individus de toute espèce qui ont développé une intelligence rare. En général, cette intelligence ne rimait pas avec altruisme. »
Cette fois, ce fut au tour du quadragénaire d'afficher des yeux aussi ronds que des boules de bowling... Serait-elle en train de lui affirmer que leur très chère et adorée machine à haschich permantier ne pouvait pas être dotée de conscience car pour cela il lui faudrait posséder un certain fondement de moralité ? Et que ce n'était pas parce qu'un animal était intelligent qu'il était forcément aimable avec ces victimes... bon, cela, c'était fortement concevable. Giovanni visualisait l'araignée qui laissait se débattre, s’essouffler, s'épuiser ses pauvres victimes dans sa toile en espérant que d'autres insectes seraient intrigués par cette proie facile et tomberaient également dans son piège sournois... Là, il était parfaitement d'accord avec le raisonnement de la spécialiste animalière. Mais étrangement.... son scepticisme le forçait à arborer une mine peu convaincue. Il y avait quelque chose d'étrange entre ce que disait Hellena, et entre ce qu'il voyait en investiguant une scène de crime...
« Du reste, la survie n’est une priorité qu’en période de crise. Dès qu’elle est acquise, toute créature est en droit de mettre son intelligence au service d’autres aspects de sa vie. Comme… son confort. »
Un léger sourcil arqué, la bouche quelque peu entrouverte, Giovanni avait tout de l'inculte bobet perdu dans une réflexion trop intense pour lui.
"Bon... admettons. Cela voudrait dire que la créature n'éprouve nullement le besoin vital de chasser, mais chasse car ça l'éclate comme activité, et parce qu'elle est un peu gourmande... Et parce qu'elle a pas de conscience, elle peut aisément exploser la colonne vertébrale d'un pauvre gaillard. Oui, je suis bien d'accord... Mais même... je veux dire, quel animal est capable de faire ça ? Physiquement parlant...
Il marqua une légère pause, en train de fouiller mentalement son propre répertoire d'animaux prédateurs connus dans le monde...
Je veux dire... Quel maître de la chaîne alimentaire animal que le commun des mortels connaît sans forcément faire partie des hautes sphères de la Centrale Intelligence Agency ou des Organisations Gouvernementales Américaines ultra secrète, ou sans coucher ou être très copain avec le Président, peut faire de pareils dégâts et agir comme s'il était un tueur en série... Perso je doute que ce soit le coup d'un alligator... ou d'un lion.
A nouveau, une pause se fit... mais cette fois c'était parce que tous les travailleurs de la criminelle avaient arrêté leur photographie et étude pour observer les sourcils froncés apparemment intrigués et concentrés le détective. Ce qui sut le mettre mal à l'aise, se disant qu'il parlait un peu trop, et le poussa à se décoller du mur, ce qui sut faire esquisser un sourire au crétin boutonneux d'en face, pour aller prendre le bras d'Hellena, si elle se laissait faire, pour l'inciter à aller quelque peu à l'écart des scientifiques, en-dehors de la chambre des enfants...
Je vous rappelle que vous êtes sa sorte de "Profiler", et dans tous les cas d'attaques d'animaux sauvages, on n'a jamais eu recours à une psychologue animalière, des spécialistes, certes, mais pas dans le domaine du cerveau... On utilise des gens doués comme vous pour des êtres humains, des psychopathes... Des gens qui tuent sans raison apparente, enfin autres que celle de la procuration de plaisir, des familles entières... et c'est pas le cas de notre bêbête ça, Mademoiselle Roughney ?
Les iris noires de Giovanni fixaient avec grande intention celles vertes de sa collègue, hâtives de connaître à nouveau l'opinion de sa partenaire. |
|  | | Kelly A. Rotten

Messages: 514 Date d'inscription: 13/06/2011 Points RP: 22
 | Sujet: Re: Du sang, des tripes et un fantôme Lun 22 Aoû - 0:57 | |
| Gio jouait peut-être au con, mais il était loin d’être bête. Très loin… son visage avait beau refléter l’ignorance en souffrance, son discours lui trahissait bien le savoir en construction. Une louche de bon sens populaire touillait patiemment l’embrouillamini d’information qu’elle lui refourguait, jusqu’à en faire remonter les gruaux. Il pointait les défauts de sa thèse dans le langage simple et cru de l’homme de la rue, mais il n’était pas moins redoutable que le séminariste de talent qui harcelait son confrère à grand coup de nomenclature jargonière et de chicaneries méthodologiques. Elle avait appris à se méfier de cette race-là, que même la flatterie n’apaise pas, mais il y avait un moment où elle ne pouvait esquiver l’affrontement.
Ce moment n’était pas encore arrivé que déjà un silence suspect menaçait leur entretien. Elle suivit le regard du policier pour découvrir la brigade toute entière pendue à leurs lèvres, tant le débat promettait de déchaîner les passions. Le professeur Roughney haussa les épaules pour signifier son indifférence, mais son adversaire n’était pas de cet avis : il s’approcha d’elle pour la prendre par le bras et l’inviter à poursuivre la discussion loin des oreilles indiscrètes. Respectant ce souhait, elle répliqua donc un ton plus bas :
« J’aimerais avant tout que vous compreniez qu’il n’y a aucun plaisir là-dedans. Un chat n’éprouve aucun plaisir à torturer une souris – pas au sens humain du terme. C’est juste la manière la plus confortable pour lui de chasser : il fatigue la proie jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus contrattaquer. C’est probablement ce qui est arrivé à Mme Hajiki, si vous voulez mon avis. Il n’a pas su l’avoir par surprise, alors il l’a harcelée en la projetant contre les murs. L’excitation a fait le reste. »
Comme la première victime, la toute première victime – celle pour laquelle elle avait hurlé au meurtre, avec un gorille à chaque bras pour l’empêcher de fuir le macabre spectacle. Elle reprit momentanément le chemin de la balustrade pour suivre des yeux les traînées de sang et de tripe qui descendaient le long du mur, s’écorchaient sur les commodes pour finir en pièces détachées à deux pas de la cuisine. Elle avait dû se montrer bien enquiquinante pour l’énerver ainsi.
« Je n’ai assez étudié la psychologie humaine pour vous dire ce qui pousse un psychopathe à tuer comme il tue, reprit-elle, posant sur le détective Vidal un regard glacial. Je ne sais pas même vous expliquer précisément le processus qui désigne une proie dans l’esprit d’un prédateur, sinon au travers de modèles qui ne me satisfont qu’à moitié. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’un animal peut tuer comme la Veine Noire tue. Seules les proportions sont hors-normes, mais même pour un homme elles le seraient. »
Un animal spécialisé dans le gibier humain, ça ne courait pas les rues – mais l’existence d’un psychopathe cannibale de 2m70 pour 400 kg lui paressait encore plus aléatoire. Et pas seulement parce qu’elle savait que Sechs n’avait rien d’humain… elle savait surtout que les psychopathes, les vrais, n’avaient pas l’air plus dangereux qu’une femme de science chuchotant un défi à l’oreille d’un représentant des forces de l’ordre :
« Vous avez désormais l’avis de la spécialiste animalière, susurrait-elle d’une voix mielleuse, scrutant son visage par les yeux du serpent pour y déceler la moindre expression de doute. Maintenant, j’aimerais savoir ce qu’en pense le maître ès criminel… Que voyez-vous d’humain sur ce charnier ? »
Qu’il montre sur l’heure ce qu’il avait dans le ventre, ou se taise à jamais. |
|  | | Giovanni Vidal

Messages: 49 Date d'inscription: 22/07/2011 Points RP: 58
 | Sujet: Re: Du sang, des tripes et un fantôme Sam 1 Oct - 13:11 | |
| La réponse première d'Hellena sur renfrogner davantage les sourcils de l'investigateur en chef... Un chat, n'avait aucun plaisir à tuer une souris ? De ce qu'il se rappelait, les chats semblaient s'éclater, s'amuser à courser ces pauvres petits rongeurs, de même qu'ils le faisaient pour les araignées et autres petites créatures, sautant, mordant, griffant, avec une sorte de grain de folie dans leurs iris toutes fines de félin... A moins que le chat qu'avait eu Giovanni il y a bien longtemps était un sujet déviant, un psychopathe parmi son espèce, ou à moins qu'en réalité, ce que Vidal avait interprété comme de l'amusement dans le comportement de son ancien matou n'était que l'expression d'une excitation certaine relative à la chasse... Comme l'avait dit Hellena, l'excitation avait fait le reste, avait décapité la souris et avait accessoirement dans le cas présent épanché les boyaux de Madame sur le beau parquet... Mouais...
A dire vrai, Giovanni se sentait légèrement largué. Son raisonnement différait de celui de la spécialiste en la matière... mais il attendait toujours la venue d'autres arguments pour le faire changer d'avis.
« Je n’ai assez étudié la psychologie humaine pour vous dire ce qui pousse un psychopathe à tuer comme il tue.»
Un regard autrement plus froid se posa sur les yeux bruns du policier qui sentit durant une fraction de secondes son échine picoter, malgré leur non proximité, la jeune femme se trouvant proche de la balustrade. Wahou, il avait dû plutôt s'engager sur un terrain qui ne devait plaire à la scientifique... bon... après tout, c'était fort compréhensible, il se permettait de remettre en doute les fondements mêmes de sa science... Et étant donné que les scientifiques considéraient leur science comme quelque chose d'intouchable et de parfait, comme un bébé qu'ils chérissaient, le regard qu'elle lui avait lancé paraissait justifié... toutefois, il n'allait pas s'arrêter là car il demeurait sceptique.
Et son scepticisme demeura, même après que la demoiselle Roughney lui ait affirmé qu'un animal pouvait tuer comme leur sujet d'enquête, et que seules les proportions différaient... Il demeurait car elle avait également avoué l'aspect encore théorique de l'étude d'esprit d'un prédateur, et qu'elle ignorait comment fonctionner exactement le cerveau d'un tueur de la chaîne alimentaire. Ce qui confirmait que le tueur n'était pas humain, mais ce qui renvoyait Giovanni à sa première question...
Qui dans la chaîne alimentaire était capable, physiologiquement, d'un tel massacre ?
« Vous avez désormais l’avis de la spécialiste animalière. Maintenant, j’aimerais savoir ce qu’en pense le maître ès criminel… Que voyez-vous d’humain sur ce charnier ? »
Le contraste de la voix suave de sa coéquipière et de l'expression qui découlait de ses iris qui paraissaient le sonder, l'analyser, l'étudier, sut rendre le policier plutôt perturbé. Aussi, il lui fut dur de répondre immédiatement à la question, les yeux verdoyants perspicaces d'Hellena venant de lui faire perdre tout le fil de son raisonnement...
Heureusement, ce moment de silence ne fut que de courte durée, et Vidal put reprendre rapidement le contrôle de son esprit...
"Et bien... le "maître es criminel", imita-t-il dans un accent moyen, pense que ce que vous lui avait dit paraît assez totalement vrai et irréfutable...
Le détective raccourcit la distance qui le séparait de la femme de science en prenant soin d'éviter de marcher sur ce qui ressemblait à une appendice ou à un bout du gros intestin, puis croisa les bras sur son torse et adopta une expression partagée entre réflexion et doute.
"Toutefois, et excusez la redondance de mes propos, physiquement parlant, personne n'est capable de faire cela, dit-il en désignant l'ensemble des tripes, vous avez raison, mais aucune chose n'est capable de faire cela non plus... Ce que je tiens à vous faire souligner, c'est qu'on a toujours fichtrement aucune idée de ce qui repeint les maisons familiales en rouge... Le "pourquoi il repeint les maisons en rouge", vous semblez l'avoir cerné, une fort intelligence non-altruiste mêlée à une certaine excitation à la chasse avec peut-être un petit peu de besoins physiologiques comme se nourrir, okay... mais... qui ? Ou, plutôt quoi ?
Giovanni décroisa ses bras et se passa rapidement une main sur le visage.
Le zoo le plus proche a trouvé trois de ses prédateurs le ventre ouvert, couché sur le flanc, toute la cochonnerie à l'air... Les caméras de surveillance semblaient avoir été désactivées au moment de l'étripement ... De même que le système d'alarme de cette famille de chinetoques a été mise hors-service... Honnêtement, avec votre esprit perspicace et fort intelligent, et non je ne suis pas ironique je le pense, pouvez-vous me dire quelle créature exactement se dit avant d'aller se nourrir "Tiens il faudrait que j'empêche les caméras de me filmer sinon la police viendra m'arrêter"... En tout cas mon chat n'y a jamais pensé quand il allait faire ses besoins dans ma chambre, lui..."
S'accolant à nouveau contre un mur, cette fois Giovanni se permit un soupire. Hélas il lui paraissait de faire tourner la conversation en rond, et peut-être même d'irriter sa partenaire qui continuait toujours de l'intriguer autant... Beaucoup de choses chez elle lui rappelaient son ancienne connaissance... et les comportements qu'elle avait adoptés avaient quelque chose d'intrigant qu'il ne saurait expliquer... Etant un homme peut scientifique, mais marchant à l'instinct... |
|  | | Kelly A. Rotten

Messages: 514 Date d'inscription: 13/06/2011 Points RP: 22
 | Sujet: Re: Du sang, des tripes et un fantôme Sam 1 Oct - 21:01 | |
| Le détective sembla un moment décontenancé par son discours sur la possibilité théorique de l’implication d’un animal dans l’affaire, et plus encore par la petite pique finale qui renvoyait la balle dans son camp à lui. Il avait cet air d’éternel ahuri un peu gauche qu’elle commençait à lui connaître, une expression qui, en temps normal, n’aurait inspiré chez elle que mépris – sauf qu’elle connaissait Gio. Il était de cette race qui naissait idiote mais apprenait très vite, par le seul fait qu’elle ne considérait jamais rien comme acquis. Jusqu’à présent, il ne l’avait pas déçue sur ce point. Inutile de souligner que la suite tint ses promesses.
Il commença par saluer son intervention, avec toute la diplomatie d’un maître d’arme confirmé. Pourtant, quelque chose dans le ton de sa voix lui soufflait qu’il n’y avait pas moins trouvé une parade redoutable à lui opposer. Il s’approcha, dans une démarche qui eût pu sembler menaçante s’il n’avait pas dû baisser les yeux pour contourner les déchets organiques de leur cliente du jour, et se planta juste en face d’elle en croisant les bras. Il la dépassait d’une bonne tête, et même plus si on ne prenait pas en compte ses talonnettes, mais elle ne s’en laissait pas écraser pour autant. Sa nuque se courba juste un peu plus pour continuer à le regarder dans les yeux. Elle ressentit un petit pincement au cœur quand elle crut revoir, au fond de ses pupilles, l’adolescent plein de doutes et de questions.
Il mettait en doute – et avec raison – l’existence d’une créature terrestre capable d’une telle prouesse. Un demi-sourire se dessina sur ses lèvres, au souvenir d’un vieil exercice qu’on lui avait posé il y a fort longtemps : une série de données fictives en apparence contradictoire qu’il s’agissait de rationnaliser. Qu’avait-elle répondu déjà ? elle ne s’en souvenait pas, et cela n’avait pas tellement d’importance. Le piquant de cette petite gymnastique mentale résidait dans sa capacité à justifier une réponse qui ne pouvait qu’être fausse… quand les autres, pensant qu’on évaluait leur esprit critique, s’étaient cantonnés à mettre en doute la fiabilité de l’observateur fictif, elle avait pris le parti de l’audace en posant pour acquis que tout avait été vérifié dans les règles. Aux réserves de l’examinateur, elle se rappelait avoir rétorqué, avec toute l’assurance de ses vingt ans, qu’il eût fallu qu’il ait vu de ses propres yeux toutes les sous-espèces de toutes les créatures au monde pour oser affirmer qu’aucune d’elles ne pouvait répondre aux critères posés par l’exercice. La réponse l’avait apparemment impressionné. Elle apprit plus tard que l’homme travaillait pour le baron von Strucker.
Déjà à l’époque, ce petit jeu d’esprit était moins innocent qu’il n’y paraissait. Il témoignait de l’ouverture d’esprit et de la modestie face à l’inconnu, qui lui avait valu d’être repérée par le fondateur de l’HYDRA. Ce n’était désormais plus un jeu, et l’odeur de charogne était là pour rappeler que la chimère existait bel et bien. Il y avait une bonne réponse, certes, mais elle n’était pas censée la connaître – pas plus que le détective. Moins il en saurait, mieux il se porterait. Fort heureusement elle avait déjà élaboré un brouillon de réponse sur un charnier précédent, et Gio lui tendit une perche en guise de conclusion. Son sourire prit un air mutin.
« J’en vois un, en fait, para-t-elle au tac-au-tac pour évacuer l’exemple (décidément trop encombrant) du chat de la famille Vidal. Ou plutôt deux, devrais-je dire : un cinglé flanqué de son monstre de compagnie. »
Elle laissa passer un moment de silence, le regardant droit dans les yeux, mais aucune étincelle de reconnaissance ne s’y alluma. Tellement prévisible. Elle soupira, puis laissa percer un nouveau sourire moqueur.
« Je connais quelqu’un qui a oublié de lire les conclusions de mon rapport sur la mort des Copper. J’y avais déjà évoqué l’hypothèse d’un duo homme-animal… qui me semble plus plausible que votre méga-cannibale, avec tout le respect que j’ai pour vous. »
L’homme aurait désactivé le système d’alarme puis lâché la bête. C’est ce qu’elle aurait pensé si elle n’avait pas connu Sechs… d’ailleurs, à la réflexion, elle se demandait comment il avait fait pour effectuer ces tâches délicates avec ses grandes griffes. Aurait-il reçu une aide extérieure ?
« Le monde animalier est vaste, et principalement inexploré, tandis que l’humanité est limitée à une seule sous-espèce : l’homo sapiens sapiens (ce qui restreint fortement la probabilité d’un tel déploiement de force). J’ai dit que les proportions étaient hors-normes, pas qu’elles étaient introuvables. Un coyote du gabarit d’un gros berger allemand est considéré comme « hors-norme », pourtant un collègue en a disséqué un pas plus tard que le mois dernier. »
Voilà pourquoi un homme seul n’aurait pu perpétrer ce massacre. Tant qu’elle y était, autant donner déjà un semblant de réponse.
« Pour en revenir à Black Vein, plusieurs éléments me font penser à un reptile de grande envergure… » |
|  | | | | Du sang, des tripes et un fantôme | |
|
Sujets similaires |  |
|
| Page 1 sur 2 | Aller à la page : 1, 2  |
| | Permission de ce forum: | Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
| |
| |
| |